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Objectif terrible ou prometteur de millions d’étudiants, le bac peut célébrer avec satisfaction ses deux siècles d’existence !

To bac or not to bac ? Pour des millions de jeunes francophones, en métropole et dans le monde, l’angoissante question se pose chaque été depuis deux siècles tout juste : c’est le 17 mars 1808 que Napoléon, soucieux de donner une structure moderne aux études supérieures, signa le décret qui donnait naissance au bac tel que nous le connaissons – ou presque… Il y a fort à parier que lorsque Bonaparte, lui-même issu de l’École militaire de Paris après un examen prometteur, notamment en mathématiques, réforma les études héritées des rois de France, il n’imaginait pas que près de sept cent milles jeunes gens se presseraient en 2008 sur la liste des candidats à la deux centième session du bac moderne ! Les tout premiers bacheliers, en effet, ne furent qu’une trentaine…
Passe ton bac d’abord
Interrogés par oral sur le grec et le latin, la rhétorique, l’histoire, la géographie et la philosophie, cette poignée d’heureux élus provenaient évidemment de familles, sinon aisées, du moins versées dans le savoir, et la rareté même du certificat en fit probablement une curiosité plus qu’un véritable outil de sélection. En 1880, seul 1% d’une classe d’âge l’obtenait, alors que l’objectif de 80% fixé par le ministère Chevènement cent ans plus tard est presque atteint ! Les épreuves scientifiques, écrites, de langues vivantes firent leur apparition régulièrement jusqu’en 1853, preuve cependant que croissait l’intérêt pour le bac, héritier de la Sorbonne médiévale. Car Bonaparte n’avait certes pas inventé le diplôme qui sanctionnait les études en France : l’Université de Paris le délivrait depuis le XIIIe siècle aux étudiants en arts, droit, médecine ou théologie jugés satisfaisants ! Mais la Révolution, en mettant par terre un système d’enseignement élitiste et souvent discutable, avait rendu indispensable une refonte des exigences, l’ancien élève de Brienne devenu empereur en profitant pour ajouter aux quatre branches classiques les sciences nouvellement auréolées de prestige. C’est cette organisation que le décret de mars 1808 imposa, ainsi que la distinction entre licence et doctorat. Exporté dans la francophonie par le biais peu glorieux de la colonisation, le bac est aujourd’hui connu dans le monde entier, et garde malgré l’érosion actuelle de sa crédibilité une réputation auprès des parents qui vaut bien des nuits blanches, aux bacheliers comme aux correcteurs !
Victoire !
Si plus de la moitié des candidats au bac sont aujourd’hui des candidates, c’est à une femme de tête et de cœur qu’elles le doivent. Opportunément prénommée Julie-Victoire, mademoiselle Daubié, institutrice dans une petite ville de Lorraine, avait trente-sept ans lorsqu’elle elle obtint enfin, en 1861, le droit de se présenter au baccalauréat : un droit qui semblait aller de soi, nul règlement napoléonien ne s’opposant aux candidatures féminines – surtout depuis la loi Falloux qui imposa dès 1850 une école pour filles dans toute bourgade de plus de 800 habitants – mais dont les bourgeois et intellectuels régissant l’Université de Paris ne voulaient pas entendre parler. Et encore Julie-Victoire n’eût-elle gain de cause que parce qu’elle avait son brevet d’enseignante sachant le grec et le latin, qu’elle était titulaire de la médaille de l’Académie des sciences, belles-lettres & arts de Lyon pour un essai sur la pauvreté des femmes, et surtout que d’influents personnages s’engagèrent en sa faveur ! Vexé de ces pressions comme des bons résultats de l’élève, le ministre de l’Éducation nationale n’accepta que sur ordre de l’impératrice Eugénie de se « ridiculiser » [sic] à signer le diplôme de ce bas-bleu… qui devint chef d’entreprise et journaliste économique ! Ce n’est pourtant que cinquante ans après sa mort, en 1924, que l’examen devint unique pour filles et garçons, et dans la décennie suivante que la gratuité du lycée, puis peu à peu la création de filières techniques, ouvrirent véritablement la possibilité du bac à tous les futurs citoyens et citoyennes de l’Hexagone. Julie-Victoire serait fière cependant de savoir que le meilleur résultat jamais enregistré à l’examen est détenu par une jeune fille, Marie Duchez, qui l’an dernier obtint la moyenne surréaliste de… 20,6 sur 20 – bluffé, Bonaparte ! |