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Vingt ans après


Joëlle Brack
03 février 2012

Il y a vingt ans, le 7 février 1992, le Traité de Maastricht fixait les règles de l’Union Européenne. Décrié, remanié, il est pourtant destiné à être « illimité »…


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Le premier traité de l’Histoire vaut… un clou. C’est-à-dire qu’il est inestimable : ce petit cône d’argile, intact, couvert de caractères cunéiformes, est le pacte d’amitié péniblement conclu entre le roi sumérien de Lagash, Entemena, et le roi Dudu d’Uruk, vers 2350 avant notre ère. On appelle ce type de document « clou de fondation » car, selon l’usage mésopotamien, il était ensuite inséré dans les murs des bâtiments officiels, à la fois abrité et visible de tous. Ces fragiles témoignages de l’activité diplomatique sont aujourd’hui fort rares et le plus souvent brisés, mais émouvant et, esthétiquement, remarquablement modernes !

De façon à la fois logique et étonnante, les choses n’ont pas changé depuis Dudu et Entemena : pour sceller leurs accords, les puissants et les États n’ont pas encore trouvé mieux que de lister les points en jeu et de signer. Autrefois par de beaux paraphes sur un manuscrit de parchemin ou de papier craquant, puis par de simples signatures administratives sur des pages polycopiées. Le traité de Westphalie, par lequel les principales nations occidentales achevèrent en 1648 la Guerre de Trente ans en instaurant les grandes lignes de la diplomatie européenne, est une merveille constellée de rubans et de sceaux de cire rouge, mais il est peu probable que son héritier direct, le Traité de Maastricht, qui depuis le 7 février 1992 régit l’Union Européenne et ses cinq cents millions d’habitants, donne à quiconque l’envie d’aller l’admirer dans une vitrine.

Il y a donc vingt ans que ce document capital dort dans un coffre-fort, tandis que les successeurs de ceux qui l’ont signé se débattent comme des grillons dans un pot à confiture pour l’adapter constamment. Car l’antique rêve de la paix juste et perpétuelle, de l’union sacrée et de la prospérité pour mille ans reste plus que jamais de l’autre côté du miroir : le monde bouge de plus en plus vite, les traités de l’UE aussi ! En 1992, ils n’étaient à Maastricht « que » douze États à ratifier l’accord donnant « des bases solides à l’architecture de l’Europe future », douze qui, moins d’un demi-siècle auparavant, s’étaient entredéchirés pendant six ans, saignant et saccageant cette Europe devenue, depuis, l’unité de mesure du Vieux-Continent… Ils sont aujourd’hui vingt-sept, bientôt vingt-huit, et trois révisions : Amsterdam, Nice, et surtout Lisbonne en 2009, ont bien remanié les clauses de Maastricht. Dont l’enfant unique et « à problème », l’euro, fête lui ses dix ans, dans une ambiance plombée qui met à rude épreuve le sens de l’intégration européenne, de la collaboration politique et de la cohésion sociale !

Pourtant, fondamentalement, les règles de subsidiarité (souveraineté) et de suppléance (supranationalité), l’entraide diplomatique entre les pays membres et la coopération judiciaire des institutions restent les piliers du Traité. En vingt ans, l’Europe, à l’Est surtout, a bien changé, et la bonne volonté affichée n’a pas pu éviter les crises économiques, sociales et politiques, les scandales d’incompétences ou de financements, la guerre, même, qui éclata en Bosnie deux mois après la signature, semant la zizanie dans l’UE quant aux mesures à adopter. Mais, tout gribouillé et corrigé, flou, imparfait, rigide, inefficace (etc.) qu’il soit, le traité illimité de 1992, l’un des derniers accords diplomatiques du monde moderne, continue à dicter l’action commune des entités qui se demandent encore ce qu’elles font là – et comment elles pourraient s’en passer…

«En foi de quoi les plénipotentiaires soussignés ont apposé leurs signatures au bas du présent traité. Fait à Maastricht, le sept février de l'an mil neuf cent quatre-vingt-douze. » S’ensuivent les vingt-quatre signatures soulagées des ministres des affaires étrangères et ministres des finances. Mais que vaut réellement un traité sans plumes crachotantes et paraphes de souverains ?

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ET ENCORE…


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