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En 1860, une société patriotique s’achetait la mythique prairie du Grütli, qu’elle « prête » depuis à la Confédération comme monument national !

Il serait assez bizarre de demander à qui « appartiennent » la Bastille, le site de Teano Fiesole, le champs de bataille de Hastings ou Independance Hall : il semble relativement logique que les lieux qui ont vu la naissance de la balbutiante Révolution française [1789], l’accord entre Garibaldi et Victor-Emmanuel scellant la création de l’Italie [1860], la conquête éclair et définitive du royaume d’Angleterre [1066] ou la proclamation de l’indépendance américaine [1776] soient des lieux de mémoire collective, gérés matériellement par leur municipalité mais appartenant allégoriquement à tout citoyen, quand ce n’est pas carrément au patrimoine mondial de l’humanité. Mais en Suisse, le lieu fondateur de l’identité nationale, la prairie du Grütli, n’appartient que symboliquement à la Confédération, son propriétaire effectif, la Société suisse d’utilité publique [SSUP], en ayant conservé l’administration. En cette mythique contrée, on fait davantage confiance à un fondé de pouvoir qu’à un politicien…
Qu’ils soient blonds ou crépus, qu’ils aient des taches de rousseur ou les yeux bridés, tous les petits écoliers de Suisse le savent : le Grütli, c’est ce pâturage où trois valeureux meneurs, Walter Fürst d’Uri, Werner Stauffacher de Schwytz et Arnold de Melchtal d’Unterwald, firent, la nuit du 1er août 1291, le serment de s’épauler mutuellement pour empêcher des Habsbourg aux dents longues de loucher trop fort sur les terres et libertés des montagnards, dont la maîtrise du col du Saint-Gothard, vital pour le trafic des biens entre le Nord et l’Italie. Le romanesque épisode est cependant, comme on le sait, une légende pleine d’erreurs, de mélanges et d’inventions – d’où d’ailleurs sa force et sa pérennité ! Le fameux pacte de 1291, écrit en beau latin sur beau parchemin, n’a en effet pas été griffonné nuitamment dans l’herbe, mais rédigé dans les formes diplomatiques pour renouveler l’attachement des paysans de Suisse centrale à leurs droits, entre autres une certaine autonomie politique. Le fameux serment du Grütli, lui, ne remonte « qu’à » 1307, période politiquement agitée qui justifiait une confirmation de la solidarité entre communautés montagnardes, « au cas où ». En 1315, au bord du lac de Morgarten, l’empereur d’Autriche défait par des miliciens en sabots expérimenta à ses frais que les trois héros n’avaient pas parlés à la légère… bien que seul Stauffacher soit historiquement répertorié comme landamman des Schwytzois, Walter et Arnold étant de pures fictions !
Quand on tient une si belle histoire, dont même le grand Schiller s’inspira pour son Guillaume Tell, on la garde : c’est pourquoi les membres de la Société suisse d’utilité publique eurent un coup de sang lorsqu’ils apprirent en 1858 qu’on projetait la construction d’un hôtel sur la prairie sacrée ! Cette propriété d’un paysan de Seelisberg, Truttmann, était certes en ruines, mais la Société lança une souscription nationale pour dédommager le fermier, qui en reçut cinquante-cinq mille de ces francs unifiés récemment imposés par la Constitution : en 1860, il y a cent cinquante ans tout juste, la Société suisse d’utilité publique pouvait ainsi offrir en grande pompe le Grütli à la Confédération, comme « bien national inaliénable, témoin modeste et sans tache de nos libertés ». Mais elle s’en réservait la gestion perpétuelle, on ne sait jamais… Pincée, la Confédération mit un mois à remercier les généreux donateurs.
Et voilà comment, au pied du Riggi, c’est toujours un Truttmann qui gère la patriotique auberge, et la SSUP qui administre le domaine agricole et le site touristique, et surtout reçoit les bulletins d’inscription – c’est gratuit – des citoyens désirant passer leur 1er août sur la prairie. Ce n’est qu’en l’An 2000 qu’un Conseiller fédéral osa venir y prononcer le traditionnel discours… Mais grâce à la SSUP, ce n’est pas de sitôt qu’un promoteur de golf ou de palace s’introduira au Grütli, même déguisé en pétard ou en lampion !


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Collectif, Riverboon, Livre Broché, 2010, 140 pages
Prix : CHF 39.00
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François Walter, Alphil, Focus, Poche, 2010, 155 pages
Prix : CHF 19.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Elisabeth Alli, Sbook.ch, Cartonné, 2006, 20 pages
Prix : CHF 26.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Vincent Kucholl, Cesla Amarelle, Cyril Jost, Grégoire Nappey, Mix & Remix, LEP, Broché, 2009, 511 pages
Prix : CHF 54.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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