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Aux États-Unis, au Brésil et en Côte-d’Ivoire, plus de 360 millions d’électeurs ces derniers jours ont voté, ou pas.

Elle est devenue la première femme à présider le Brésil, particularité réductrice : Dilma Rousseff, 62 ans, économiste, dirigeante d’une compagnie pétrolière, ministre, fut aussi au début des années 1970 la jeune égérie des guérilleros opposés à la dictature militaire, longuement emprisonnée et torturée, et vient de mener une campagne présidentielle de front avec une chimiothérapie. Qualités secondaires en regard de ce qu’elle est l’héritière du mythique Lula, l’homme qui a fait entrer le parti des Travailleurs [PdT] au palais gouvernemental et hissé l’économie du pays au 8e rang mondial. La démocratie est la pire forme de gouvernement, à l’exception de toutes les autres.
Le Brésil partage avec une poignée d’États le principe du vote obligatoire ; la sanction y est d’ailleurs étudiée pour « privilégier » les pauvres [difficulté à obtenir un passeport ou un poste de fonctionnaire, plutôt qu’une amende], afin qu’ils ne soient pas trop punis au cas où leur opinion n’arriverait pas jusqu’aux urnes… La possible privation de papiers, en période d’émigration massive, a donc poussé aux urnes des milliers de citoyens qui se seraient bien abstenus : sans envisager José Serra le néolibéral, ils auraient tout de même aimé faire sentir à Dilma Roussef, c’est-à-dire à Lula, qu’en dépit de l’essor du Brésil nombre de grands chantiers, dont l’éducation et la santé, restaient gravement en friche. D’où le succès inattendu, au premier tour, de la candidate écologiste Marina Silva : ses 19,5% de voix, jointes aux 21,5% d’abstention au 2e tour, disent qu’un citoyen sur cinq – et ils sont 136 millions – est mécontent du PdT et de ses priorités. Les concessions déjà faites aux courants conservateurs laisse présumer que Dilma ne sera pas aussi populaire que Lula : mais du moins a-t-elle sur lui l’avantage de pouvoir cerner précisément les attentes de « ses » abstentionnistes.
À six mille kilomètres de là, les électeurs américains n’ont pas déçu les attentes, portant d’un coup à la tête de la Chambre des représentants une large majorité de Républicains, et bloquant par-là l’avenir des prochaines réformes promises par Barack Obama. Le Vieux Parti, triomphant, doit surtout son succès à la mobilisation autour du Tea Party, balais neuf qui, en effet, a bien balayé. Ne pas oublier que l’appellation, qui sonne gentiment comme « thé dansant » en français, fait au contraire référence à l’un des épisodes les plus déterminants de l’indépendance américaine, qui en 1773 fit entrevoir aux colons la possibilité de se détacher de leur métropole pour se gouverner eux-mêmes… Ne pas négliger, non plus, que le raz-de-marée provoqué par l’éléphant républicain tient surtout à une participation miteuse de l’ensemble de l’électorat : 42%. L’électeur américain devant, lui, faire un effort pour être inscrit sur les registres, les déçus de la gestion démocrate ont juste baissé les bras. Les midterms, toujours moins populaires, ne mobilisent déjà ni les jeunes ni la communauté noire, décisifs en 2008 : le choix du « mode silencieux » pour la partie d’ordinaire concernée de l’électorat démocrate n’a fait qu’amplifier le problème, bien plus qu’un basculement vers des positions républicaines. Presque six citoyens sur dix ne se sentent tout simplement pas accompagnés par les politiques, quels qu’ils soient. L’ampleur du choc permet au moins à qui en a la volonté de comprendre le hiatus entre les actions et leurs effets…
La Côte-d’Ivoire, elle, attend le second tour des élections pour connaître son président. Organisé dans une certaine discipline aussi bien par le gouvernement, qui a intégré les observateurs étrangers et modéré ses transactions opaques, que par l’électorat, mobilisé et soucieux de régularité, le scrutin est marqué par cet étonnant équilibre car, du coup d’État militaire qui renversa le président Konan Bedié, en 1999, aux constants reports d’élections dictés à la fois par la scission de la moitié du nord du pays, aux mains des rebelles des Forces Nouvelles, et par le goût du pouvoir de Laurent Gbagbo [élu en 2000 pour le Front populaire ivoirien mais qui n’a pas respecté la fin de son mandat], c’est une décennie de violences et de guerre civile que les Ivoiriens ont traversée. Aussi cette fois, tandis que la Commission électorale lambinait en tractations avant de livrer les résultats, Abidjan se vidait, de crainte que ne se répète le sanglant épisode de 2002, avec ses blindés dans les rues, ou la chasse aux sorcières instaurée par le décret xénophobe d’ « ivoirité » qui, depuis des années, empoisonne le climat : c’est cela qui avait valu à Alassane Ouattara [Rassemblement des Républicains], économiste au FMI et finalement challenger de Gbagbo pour le second tour, d’être éliminé comme « étranger » des précédentes tentatives d’élection. La peur n’a cependant pas empêché 80% des électeurs de s’exprimer. Ce scrutin, essentiel pour restaurer un équilibre vivable dans le pays, ils le voulaient, et ils l’ont honoré. Pour leur avenir et celui de leurs enfants, mais surtout pour redevenir « comme les autres », un pays crédible aux institutions présentables. Quitte à faire un long chemin, à risquer un mauvais coup, à devoir mettre de côté les sensibilités ethniques pour se donner les moyens d’espérer. Ou pire : à risquer d’être une fois encore floué, de voir les résultats confisqués, et la déroute virer peut-être au bain de sang. Mais ce 31 octobre 2010, et il en ira sans doute de même pour le second tour dans un mois, seuls quelques femmes et vieillards ne se sont pas mis en route.
Winston S. Churchill
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Dick Howard, Hachette, Pluriel, Poche, 2008, 412 pages
Prix : CHF 19.90
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Pierre Melandri, Jean-Luc Racine, Jean-Loup Samaan, Bruce E. Cain, Editions La Découverte, Broché, 2009, 223 pages
Prix : CHF 40.10
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| 3) |
Barack Obama, Franklin Roosevelt, Points, Points, Poche, 2009, 53 pages
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