www.Payot.ch
Panier
contient 0 article(s)
Votre liste contient 0 article(s)
contient 0 article(s)
AccueilNos livresNos autres produitsNos LibrairiesNotre Entreprise
Recherche simple Recherche avancée Recherche par thème
Français | English
Dossiers d'actualité
Imprimer cette pageRéduire le texteAgrandir le texte

Colombie, géopolitique du désastre


Joëlle Brack
13 mars 2008

L’Europe, qui s’anime sporadiquement pour la libération des otages des FARC, peut-elle vraiment saisir la complexité du problème et l’ampleur du désastre ?


© AFP

Des milliers d’enfants ont dans leur bibliothèque un ouvrage de géopolitique sur l’Amérique Latine : c’est Tintin et l’Oreille cassée, une BD farcie d’allusions à une situation par ailleurs peu connue, la Guerre du Chaco. Elle opposa de 1932 à 1935 la Bolivie, alliée des États-Unis par le biais des intérêts pétroliers de la Standard Oil [Esso], au Paraguay, ami de la Grande-Bretagne pour ceux de Royal Dutch Petroleum [Shell]. L’Europe en crise économique et politique s’en fichait, mais pas Hergé, choqué des cent mille morts méconnus du conflits, soldats et paysans sacrifiés au bruit – infondé – que le Gran Chaco serait pétrolifère. Les fameux dessins à ligne claire, les personnages plaisamment typés de la série [ah, le brave général Olivaro, avec sa moustaçé coummé ça !], la bonasse République du San Theodoros, en synthétisant les éléments d’actualité, ont le mérite de résumer assez clairement les enjeux de la région à l’époque. Et il serait à souhaiter qu’un Hergé contemporain fît de même, ce qui permettrait peut-être de comprendre comment la Colombie, l’Équateur et le Venezuela, les trois seuls pays latino-américains à ne jamais avoir connu de guerre entre eux, à se tirer des boulettes de buvard avec leurs sarbacanes en rêvant de sortir l’artillerie lourde…

Rien ne s’arrange…
La géopolitique de l’Amérique Latine, fertile en révolutions de tous ordres au point d’en devenir sujet d’opérette, semble en effet avoir miraculeusement épargné les trois voisins qui constituent le front nord-ouest du continent sud-américain. Tous les autres se sont, un jour ou l’autre, opposés depuis que Simon Bolivar y Palacios [1783-1830], ayant fédéré les peuples natifs contre la colonisation, a laissé à ses belliqueux héritiers le soin de réaliser son rêve, des États-Unis d’Amérique Latine. Dépourvus de modèles démocratiques après trois siècles de servitudes, et tombés des mains des colons dans celles des exploitants de pétrole, de mines et de forêts, ils n’ont eu pour avenir que la dictature et la guérilla, réputées ni l’une ni l’autre comme facteur de paix et de progrès socio-économique. Mais la Colombie, le Vénézuéla et l’Équateur ont échappé du moins aux guerres fratricides, se souvenant qu’ils sont nés ensemble en 1830 de la partition de la Grande Colombie libérée par Bolivar. Jusqu’à ce 1er mars 2008 où les Colombiens ont passé la frontière équatorienne pour liquider un détachement des FARC, et Raul Reyes, n°2 du mouvement. Dont l’ordinateur – intact… - contenait opportunément des courriels explicitant des liens fâcheux avec Hugo Chavez. Des « pourriels », donc. Le petit Équateur violé et le grand Vénézuéla calomnié ont donc rompu une entente de 178 ans et amassé leurs troupes aux frontières, d’autant plus agacés que la Colombie d’Alvaro Uribe Velez feignait d’ignorer leurs manœuvres. Mais le jeu pour elle en valait-il la chandelle, celle qui peut-être mettra le feu aux poudres ?

…Tout se complique
Oui si l’on considère que Reys, idéologue des FARC, est celui qui a initié pour la guérilla le fructueux marché de la drogue comme financement des armes : nul registre de condoléances n’a donc été ouvert dans les ambassades. Oui aussi parce que l’une des rares qualités que les Colombiens peuvent reconnaître à leur président - par ailleurs méchamment lié aux paramilitaires d’extrême droite, qui lui ont fait la courte échelle vers le pouvoir au prix d’une terreur institutionnalisée et rémunératrice - est de résister aux FARC, dont les sept mille combattants [sur 45 millions d’habitants] a une ardoise de quelque quarante mille morts. Dont M. Uribe père... Stratégiquement, à part le trophée de chasse, le résultat est cependant plus mitigé. D’une part Reyes tirait les ficelles des négociations en vue des fameux « échanges humanitaires » - si l’on peut qualifier ainsi l’équation un otage = plusieurs guérilleros - ce qui plombe une fois de plus un processus de libération qui concerne quelque 750 personnes [et non pas juste Ingrid Betancourt comme on pourrait le penser en lisant les journaux] : le transfert à une autre tête pensante ne va pas se faire si aisément, il n’y a pas plus procédurier que les combattants de la liberté. D’autre part ce coup médiatico-politique réussi n’incite pas le gouvernement colombien à l’ouverture d’esprit en ce qui concerne la démilitarisation d’une région grande comme la Suisse pour servir d’espace neutre de négociation. La preuve : l’autre haut dignitaire des FARC abattu quelques jours plus tard, un ancien séminariste converti des âmes aux armes par le cartel de Medellin [les voies du Seigneur sont vraiment impénétrables !], est tout justement le négociateur qui, autour de l’an 2000, avait floué dans les grandes largeurs l’alors président Pastrana en lui piquant purement et simplement la première zone démilitarisée pour s’en faire un camp d’entraînement… La vengeance, comme l’Aguila [bière locale], se consomme froide. Enfin le conflit immédiatement généré par l’incursion inconsidérée en Équateur a offert une belle revanche à l’ennemi Hugo Chavez, éjecté sans ménagement de toute médiation avec les FARC : l’occasion de briller en défendant son petit voisin Correa, opération bienvenue pour faire oublier l’échec du référendum constitutionnel de décembre dernier, et l’envolée du prix du baril, qui enchante ce dur de l’OPEP.

Basil, Basil !
Un hasard heureux du calendrier diplomatique international permet cependant à chacun de sauver la face. Réunis au sommet de Rio, les nouveaux frères ennemis, fulminant les uns contre les autres devant un auditoire choisi, ont bénéficié des bons offices du Brésil et de quelques autres pour en finir proprement, les uns s’excusant publiquement de leur expédition hasardeuse, les autres laissant leurs troupes près des frontières au cas où. Après les invectives et les accusations, une double réalité perce sous les efforts d’apaisement. D’une part le tabou est brisé, les trois voisins ont laissé se fissurer l’entente, d’autre part aucun des trois protagonistes ne peut s’offrir le luxe d’une guerre : le Vénézuéla et l’Équateur pour d’évidentes raisons logistiques – leur voisine, plus puissante qu’eux deux réunis, est l’alliée incontestée des États-Unis dans la région – et la Colombie parce que ses forces sont dévolues à un autre combat, les intérêts en narcodollars des paramilitaires qui ont infiltré le pouvoir entrant en conflit avec ceux des FARC… Tous viennent d’ailleurs de perdre l’un de leur plus dévoués fournisseurs : Viktor Bout, un ex-officier russe gagné aux charmes de l’économie la plus libérale qui soit, celle du trafic des arsenaux laissés en déshérence par la chute de l’ex-URSS. Ses dons en la matière, appât féroce du gain et absence totale de scrupules, l’ont poussé presque malgré soi à échanger ses avions de combat, rockettes et armes légères contre de l’or, de l’argent ou des diamants [sacré Viktor, un vrai Roi Mage !] avec une louable équité aux États-Unis pour l’Irak et aux Talibans pour l’Axe du Mal, à la Colombie pour les paramilitaires et aux FARC pour leurs petits trafics à l’ombre des palétuviers. Exactement comme un autre philanthrope avant lui, le richissime Basil Zaharoff, immortalisé en 1937 sous le nom de Bazaroff dans L’Oreille cassée |

Pour en savoir plus...


1)
9782020977739.gif
Ingrid Betancourt, Seuil, Broché, 2008, 61 pages
Prix : CHF 11.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

2)
9782213635323.gif
Sergio Coronado, Fayard, Broché, 2008, 285 pages
Prix : CHF 31.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste
Lu et approuvé
3)
9782755600728.gif
Jacques Thomet, Hugo et Compagnie, Hugo doc, Broché, 2006, 221 pages
Prix : CHF 31.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

4)
9782845866645.gif
Maribel Wolf, Karthala, Tropiques, Broché, 2005, 300 pages
Prix : CHF 41.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste

5)
9782130554844.gif
Alain Labrousse, Presses Universitaires de France - PUF, Que sais-je ?, Poche, 2006, 127 pages
Prix : CHF 14.70
Disponibilité: Ouvrage indisponible


6)
9782203003088.gif
Hergé, Casterman, Album, 2006, 62 pages
Prix : CHF 9.50
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)

Ajouter au panier
Ajouter à Ma liste
Colombie
9782702135051.gif
Maria-Victoria Uribe
Prix: CHF 23.80

9782847361650.gif
José Del Pozo
Prix: CHF 20.60

GÉOPOLITIQUE
9782729831738.gif
Edouard Theysset
Prix: CHF 27.40

9782729827519.gif
François Thual
Prix: CHF 17.30

9782130548737.gif
Pascal Gauchon, Yves Gervaise
Prix: CHF 63.60