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Un siècle de haine fratricide vient de s’achever avec la conclusion, sous l’égide de la Suisse, d’un raccommodage entre Turcs et Arménien. Sincère ?

Instaurée depuis deux ans dans une relative discrétion, cornaquée par la Suisse à la demande des parties et soutenue par les États-Unis, l’Union Européenne et la Russie, la négociation à Zurich visant à restaurer des relations décentes entre la Turquie et l’Arménie, brouillées à mort depuis le génocide a toutes les allures du succès diplomatique. Malgré, ou y compris, le coup de théâtre qui faillit, à l’ultime seconde, mettre tout par terre : des bruits de couloir quant au discours bravache qu’entendait prononcer le ministre turc des affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, pour fustiger son homologue arménien Édouard Nalbandian au sujet du litigieux Haut-Karabakh. Jouer la montre contre les plus solides diplomaties occidentales est difficile, et la signature n’eut que trois heures de retard, ce qui n’avait rien d’helvétique mais pouvait passer pour broutille au regard d’un siècle d’histoire.
Il peu sembler légèrement hors sujet que la Turquie et l’Arménie, dans un processus aussi délicat que cette normalisation, et portant sur un débat historique important, mêlent à l’accord un conflit actuel assez différent : celui de l’occupation et du parrainage par l’Arménie du Haut-Karabakh, État jadis autonome mais que Staline offrit cependant à l’Azerbaïdjan lorsqu’en 1922 l’Arménie entra en toute indépendance bolchevique dans la fraternité d’URSS. Occupation est d’ailleurs un terme un peu ambigu si on considère que la province est majoritairement peuplée d’Arméniens depuis l’Antiquité, et l’était pour ainsi dire exclusivement lorsqu’elle fut dotée d’autonomie compensatoire par le camarade Joseph… Pour la Turquie, comme pour les autres États, l’indépendance d’une portion du territoire national est une amputation qui passe mal. Cette indépendance s’acquière d’autant plus difficilement que non seulement le pays en cause est le plus souvent réticent à céder de son bien, mais que la communauté internationale rechigne à homologuer le procédé, nombre de ses membres sentant qu’un acquiescement entraînera en retour de bâton une revendication indignée sur leur propre sol : il ne fut pas simple pour l’UE de convaincre l’Espagne de jeter un œil bienveillant sur le Kosovo alors que le Pays Basque attendait son heure. En l’occurrence, l’indépendance des nationalistes du Haut-Karabakh redirige inconfortablement le projecteur sur, par exemple, celle des Kurdes…
Mais la Turquie dispose dans l’affaire de deux avantages : l’un à l’intérieur, où on n’a pas oublié la glorieuse occupation ottomane, donc jusqu’au début du XXe siècle, de cette province réfractaire dont le nom signifie à peu près « le jardin des montagnes noires », l’autre à l’extérieur, avec une position de non-reconnaissance de la République autoproclamée du Karabagh partagée par l’ensemble du [pour une fois] bien nommé « concert des nations ». Dans cette situation, confortée par quatre résolutions de l’ONU au sujet d’un territoire appartenant officiellement à l’Azerbaïdjan, et soutenue depuis 1992 par une voisine diplomatiquement dans son tort, la Turquie pensait donc pouvoir atténuer l’ombre du génocide arménien en manipulant devant les grands de ce monde cette carte a priori revalorisante. Sur quoi les Arméniens seraient partis en claquant la porte, avec l’image défavorable de « ceux-qui-ont-refusé-de-discuter », ce qui peut être capitalisable…
Un brin fatigués par deux ans de haute voltige, les négociateurs n’étaient cependant pas prêts à remettre en jeu la feuille de route pour une nouvelle partie du jeu des petites phrases, et ont convaincu [péniblement] les Turcs de ne rien dire, et les Arméniens de ne pas écouter. Pas sûr pourtant que ces derniers n’aient pas manqué une occasion de prendre la Turquie à son propre piège : en 1988-1990, suite à l’autodétermination indépendantiste du Haut-Karabakh et à la confirmation des prétentions azerbaïdjanaises, le conflit violent entre les deux territoires a entraîné divers lourds massacres de résidents arméniens qu’il n’aurait pas été anodin de souligner en écho à l’épineux dossier de 1915… Trop tard : l’accord sans discours est signé – reste, pour le mettre en usage dans les deux mois, à le faire ratifier par les deux Parlements, ce qui sera une autre paire de moustaches. Les réticences en effet sont plus que marquées dans les deux pays, les nationalistes de tous bords voyant l’honneur national en charpie, et bafouée la mémoire des Arméniens massacrés [furent-ils plutôt trois cents mille ? Ou un million et demi ?], comme des valeureux Jeunes-Turcs « injustement accusés ». Sans oublier les éclats des communautés arméniennes, essaimées depuis des décennies à travers l’Occident mais farouchement rigoristes sur ce qui, sur place, doit ou ne doit pas être, et hurlant à la traîtrise de Sarkissian et d’Obama : c’est le propre de toute diaspora d’être plus orthodoxe que le pope au sujet d’un pays d’autant plus idéalisé qu’il est rarement natal.
Les pressions internationales risquent donc d’avoir à faire à forte partie, mais pourraient bien finir par s’imposer. Car le seul souci des bonnes relations n’a pas guidé les Américains, les Russes et les Européens : pacifier la région sud-caucasienne, c’est assurer une liaison ferroviaire et des oléoducs et gazoducs sûrs entre l’Asie Centrale et l’Europe orientale [Nabucco, soutenu par l’UE ? Ou plutôt South Stream le projet russe ?] Mais cela déplaît en Azerbaïdjan, où on croit voir dans ces accords et leurs réouvertures de frontières un gravier dans le jardin de l’amitié entre Ankara et Bakou, maître des tuyaux énergétiques. La Turquie proteste, mais d’un autre côté louche si fort vers l’UE… Perçus comme des éléments d’obstruction, ces enjeux sont également une certaine garantie que les accords de Zurich ne deviendront pas une ixième recommandation non contraignante dans le fond d’un tiroir. Mais une garantie plus forte encore que les négociateurs, contrairement à ce qu’indique leur sourire sur la photo, n’en sont qu’au début de leurs peines. L’année zéro, c’est en attendant le dégel.
| 1) |
Claire Mouradian, Presses Universitaires de France - PUF, Que sais-je ?, Poche, 2009, 127 pages
Prix : CHF 14.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 2) |
Andrew Mango, CODA, Broché, 2006, 525 pages
Prix : CHF 50.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Gérard Dédéyan, Privat, Broché, 2008
Prix : CHF 50.00
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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| 4) |
Michel Rocard, Hachette, Broché, 2008
Prix : CHF 24.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 5) |
Laurence Ritter, Robert Laffont, Le monde comme il va, Broché, 2007, 319 pages
Prix : CHF 35.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 6) |
Jean-François Solnon, Librairie Académique Perrin, Broché, 2009, 626 pages
Prix : CHF 46.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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