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La Palestine assiège l’ONU


Joëlle Brack
19 août 2011

En septembre, l’Autorité palestinienne déposera à l’ONU une demande de reconnaissance de l’État palestinien. Baroud d’honneur ou pavé dans la mare ?


© DR
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« Ça ne peut pas continuer comme ça » est sans doute la position la plus répandue, où que ce soit, au sujet du conflit israélo-palestinien. Mais ça continue tout de même. Le blocus de Gaza, les attentats dans les bus israéliens, les raids aériens, les sabotages de négociations, les résolutions onusiennes bafouées, la radicalisation islamiste, le mur dit « de sécurité », la non-reconnaissance du droit d’Israël à exister, le détournement des ressources en eau, la non-reconnaissance d’un État palestinien, les roquettes baladeuses, les colonies de peuplement, les tunnels de contrebande d’armes, les check-points humiliants, les fusillades au bord des plages. Et le coût, pour tous ingérable, de la guerre et du talion. Faute de meilleures perspectives et pour tenter de souder ses troupes, tout en faisant usage d’une liberté fondamentale, l’Autorité palestinienne menée par Mahmoud Abbas a donc fait savoir son intention de déposer devant l’ONU en septembre une demande de reconnaissance d’un État palestinien sur les bases de 1967.

Les observateurs et analystes ayant la chance de maîtriser la complexité du Proche-Orient pourraient sans doute facilement annoncer à l’avance le résultat nominal du vote, car la plupart des États font connaître leur position depuis longtemps, et c’est plutôt non. Peu soumis au suspens, ils auront donc tout loisir de disséquer les arguments des uns et des autres qui, aussi réalistes et pragmatiques qu’ils puissent être, achopperont fondamentalement sur deux faits irréfutables. Le premier est qu’un État de Palestine arabe a déjà été reconnu par la résolution 181 du 29 novembre 1947, dont on ne sache pas qu’elle ait été depuis annulée (elle définissait par la même occasion un État de Palestine juive, dont la présence au monde est actuellement la seule et paradoxale incarnation de cette volonté onusienne). Le second est que la négociation – approche temporisatrice brandie par les pays indifférents au problème aussi bien que par les pacifistes les plus actifs – n’a pas vraiment fait la preuve de son utilité malgré deux bonnes décennies de tentatives : les maigres avancées politiques, tel l’établissement de l’Autorité palestinienne, sont largement submergées par la croissante dégradation de la situation pour la population qui, simple exemple, perd dix ans d’espérance de vie si elle est parquée du mauvais côté du mur.

La délégation palestinienne entend donc, le 20 septembre, ou plus tard, présenter devant l’ONU sa prétention à l’instauration d’un État semblable aux 193 autres membres qui, y compris les Kiribati, Saint-Kitts-et-Nevis, Nauru et Tonga (cherchez où c’est, ainsi vous n’aurez pas complètement perdu votre temps), vont voter pour refuser à ses cinq millions et demi de résidents ce dont ils bénéficient eux-mêmes. L’Autorité est-elle prête à le faire ? Oui sur un plan légaliste, bien que moins dans les faits, car l’unité de vue sur le sujet semble précaire entre le Hamas et le Fatah. Mais on ne peut pas dire que l’enthousiasme règne non plus sur la scène internationale. L’Union Européenne, très divisée sur la question, oscille entre les intentions de la France ou de l’Espagne, qui accepteraient bien, de certaines anguilles, d’opposants cependant non sectaires comme l’Allemagne, encore en délicatesse avec le sionisme, ou l’Italie (mais là on comprend moins), et d’ex-pays de l’Est encore légèrement antisémites mais que de banals accords commerciaux avec Tel-Aviv pourraient avoir « convaincus » : étalage public de dissensions en vue. Les États-Unis, alliés compréhensibles mais souvent aveuglés d’Israël, ne se désolidariseront pas de leur protégé, d’autant moins en année pré-électorale, et bien que ce refus saborde leur rôle de médiateur dans d’éventuelles futures négociations de paix, comme vient de le signaler du fond de sa prison israélienne le charismatique leader du Fatah Marwan Barghouthi. Même des pays peu susceptibles de passer pour ennemis des Palestiniens, comme la Jordanie qui en héberge des dizaines de milliers, ne donneront pas suite, ici pour des raisons de frontières, là pour ne pas fâcher un pourvoyeur d’armes, un acheteur de diamants ou un paradis fiscal : une journaliste française, Christine Abdelkrim-Delanne, en a dressé la liste, si longue, si logique.

En annonçant son intention de déposer une demande unilatérale de reconnaissance de son État, l’Autorité palestinienne a cependant pris l’initiative – gênante pour presque tout le monde, au sens propre – de faire procéder par la plus haute instance internationale à un décompte public des soutiens ou oppositions, et à l’exposition urbi et orbi des arguments y relatifs, ce qui est en soi une marque d’existence intéressante. Maltraitée depuis si longtemps, la Palestine arabe n’a rien à perdre, et pourrait même contribuer par son échec probable à la relance des négociations fondée sur la mauvaise conscience. On repense au petit Négus venu à la tribune de la Société des Nations montrer à la communauté internationale en quoi son manquement à ses obligations de soutien collégial contrevenait à ses engagements, mais surtout préfigurait de sombres ennuis pour elle-même : c’était en 1935, l’Éthiopie était membre de la SDN depuis sa création, l’Italie de Mussolini bafouait manifestement le droit international, mais le petit Négus repartit sous les huées des délégués auto-humiliés par leur propre lâcheté – alors qu’il avait raison, comme on ne tarda pas à le subir.   I

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