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Célébrant en grande pompe le 60e anniversaire de sa création, la République Populaire de Chine présente au monde le brillant résultat de sa reconversion économique. Mais l’ombre de Dickens plane…

Confucius
C’est probablement la plus grande carte de vœux du monde : à Yuncheng, dans la province septentrionale du Shanxi, mille enfants, pinceau et palette en main, ont décoré dès la Rentrée un rouleau de 260 mètres de long pour souhaiter un bon anniversaire à la République populaire de Chine en ce 1er octobre 2009 ! Et le spectacle de ce joyeux « chantier » pictural est, à sa manière, une synthèse assez parlante de l’évolution qu’a récemment connue la Chine : avec leurs robes roses et leurs T-shirt d’équipe de basket, leurs dessins alternant gratte-ciel multicolores et personnages de mangas, ces artistes en herbe, n’étaient leurs florissants minois bridés, semblent parfaitement familiers. Oubliés les enfants hâves sacrifiés au cynique « grand bond en avant », les petits citadins en camps agricoles de rééducation ou les petits nains multicopiés défilant en uniforme aux funérailles du Grand Timonier, ces mouflets créatifs et bariolés pourraient venir de n’importe où en Occident !
Est-ce à dire que l’avenir des jeunes Chinois soit solidement engagé ? Les données publiées par la Chine elle-même concernant les critères essentiels que sont la nutrition, la santé et l’instruction des enfants sont parfaitement honorables, mais sans doute à prendre avec des… baguettes. Se comparant à d’autres pays en développement, ce qui est par certains aspects réaliste mais également hypocrite – quel pays d’Amérique latine, voire d’Europe centrale, bénéficie de retombées économiques telles que celles de la Chine actuelle ? – la RPC peut naturellement être fière de progrès manifestes, qu’il s’agisse de mortalité infantile, de vaccinations ou d’accès à l’école, et plus généralement d’une organisation globale et cohérente des lois sociales depuis une dizaine d’années. Mais « seulement » 15% d’enfants malnutris dans un pays de plus de trois cent millions d’enfants de moins de seize ans, soit un cinquième de la jeune population du monde, signifie d’autres problèmes que 20% dans une petite île du Pacifique… Et si l’on ne peut que se réjouir de savoir neuf petits Chinois sur dix protégés de la poliomyélite et de la variole, le sort de centaines de milliers d’orphelins du sida [les spécialistes évoquent un bilan à terme atteignant le million], abandonnés à leur sort pour non-conformité avec les plans sanitaires officiels, tout comme celui des militants anti-sida, constamment et sévèrement inquiétés, corrige tout enthousiasme.
Les statistiques concernant la fréquentation scolaire [de 94 à 99% des enfants, selon qu’ils sont filles ou garçons] donnent elles aussi à réfléchir, car leur contraste avec divers scandales régulièrement dénoncés laissent entrevoir de sinistres dérapages : un système éducatif qui laisse filer par millions les écoliers entre les mailles de son filet est-il aussi efficace qu’il le pense ? La RPC, en ne consacrant que moins de 3% de son PIB à l’éducation, soit la moitié de ce que recommande l’ONU, laisse aux parents une responsabilité financière peut-être supportable dans le Sud urbanisé, en plein boom économique, mais pas dans le Nord et les campagnes, où l’enfant exploité au travail est indispensable aussi bien à sa famille qu’à son employeur. Loin de se stabiliser, le problème croît, car, paradoxalement, la pauvreté s’aggrave dans la troisième puissance économique mondiale. Poussés vers la rue par le sous-emploi rural chronique, mais aussi par les sanctions qui ruinent les familles ayant plus d’un enfant – une étude menée par l’Université de Fribourg il y a quelques années les estime à 40% des naissances ! – ou l’ostracisme envers certaines minorités, les enfants défavorisés se retrouvent dans la rue, souvent non déclarés [donc sans papiers] et livrés à la délinquance. Les jeunes paysans ont une chance de retourner saisonnièrement chez eux ; les « surnuméraires », eux, mendient toute l’année en espérant décrocher un emploi, qui prendra sans doute le relais de l’exploitation, mais peuvent tout aussi bien être kidnappés pour se retrouver dans une usine insalubre, dans une mine où sévit encore l’esclavage, ou dans une maison de passe…
Le contraste entre un développement économique, technique et financier exponentiel, qui vise ouvertement à supplanter le Japon, sinon les États-Unis, quant à la suprématie dans le monde, et la négligence envers une tranche de la population doublement importante, en nombre et en impact sur l’avenir, rappelle cruellement – car en un siècle et demi on espère de l’humanité des progrès – ce qu’a connu l’Europe occidentale, et singulièrement la Grande-Bretagne, lors de sa révolution industrielle. Qu’il suffise de relire Dickens et ses Temps difficiles [1854], tout s’y trouve déjà. Mieux, ce passage très proche de la situation actuelle : « Dans les rapports de la vie courante, ils semblent tout aussi respectables et corrects que tous les autres ; même dans les affaires, on peut mieux traiter avec eux qu'avec les Allemands, mais en dernier ressort, le seul facteur décisif reste l'intérêt particulier, et spécialement la volonté de gagner de l'argent […] Voilà qui explique le régime du "laissez-faire" et du "laisser-aller" dans l'administration, dans la médecine, l'éducation. » En 1845, il fustigeait la bourgeoisie britannique, sous la plume de Friedrich Engels… Plus perspicaces que leurs dirigeants, les mille enfants de Yuncheng ont compris qu’il fallait bien 260 mètres de vœux de paix et de prospérité à la nation, dont la belle devise est « Compter sur ses propres forces », pour renforcer leurs chances d’avenir. Qui sont les chances de tous dans un tel pays, le premier en voie de développement à avoir passé le stade économiquement significatif du vieillissement de la population, mais sans avoir de loin atteint le PIB nécessaire à l’assumer. Pour les enfants, demain c’est aujourd’hui.
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Jan Wong, Seuil, Broché, 2009, 299 pages
Prix : CHF 33.10
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Philippe Massonnet, Philippe Picquier, Reportages, Broché, 2008, 305 pages
Prix : CHF 37.60
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| 3) |
Lianke Yan, Philippe Picquier, Picquier poche, Poche, 2009, 390 pages
Prix : CHF 15.20
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Pierre Gentelle, Viviane Alleton, Isabelle Ang, Françoise Aubin, Collectif, Editions La Découverte, La Découverte/Poche, Poche, 2004, 219 pages
Prix : CHF 18.00
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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Ma Jian, J'ai Lu, J'ai Lu Par ailleurs, Poche, 2009, 894 pages
Prix : CHF 16.70
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Claude Chancel, Eric-Charles Pielberg, Presses Universitaires de France - PUF, Major, Broché, 2008, 232 pages
Prix : CHF 45.40
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