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Alors que le monde de l’édition met la dernière main à la rentrée littéraire en promettant pléthore de premiers romans, certains grands classiques viennent de se voir imposer des suites que leurs créateurs n’avaient pas prévues !

« La suite au prochain numéro », cette formule magique par laquelle les feuilletonistes du XIXe siècle tenaient leur public en haleine, n’a rien perdu de son charme : Rocky VI à l’affiche, « Moresmo, le retour » à l’US Open, et Le Pen qui fignole sa candidature aux présidentielles de 2012 en font [mauvaise] foi ! La littérature n’est pas en reste, mais s’offre en plus un luxe qui semble échapper aux autres activités : les suites post mortem… Difficile en effet de ramener à la surface un acteur mal en point, un sportif moribond ou un politicien enterré. Mais un personnage de roman ? Pas de problème ! Et si l’auteur lui-même a défunté en laissant ses lecteurs en plan, tant pis pour lui : ce n’est pas la relève qui manque. Aussi a-t-on appris ces derniers jours, alors que les rotatives de la rentrée littéraires vrombissent et que le futur Prix Goncourt est sous presse, la parution programmée de deux suites posthumes à des classiques qui n’en demandaient pas tant, Autant en emporte le vent et la série des James Bond ! !
Un 007 très british
Alors qu’on pressentait John Le Carré ou Frederick Forsyth, c’est le Britannique Sebastian Faulks qui a été élu par les héritiers de Ian Flemming pour donner une suite aux aventures de 007. Choix surprenant si l’on considère que ce distingué collaborateur du Guardian s’est attiré la faveur du public et les prix littéraires par un style élégant et des intrigues amoureuses sur fond de guerre, mondiale ou froide… À 54 ans, le discret auteur de Charlotte Gray [Denoël, 1999] et des Désenchantés [Flammarion, 2002] se sent peut-être des fourmis dans le stylo, et l’envie d’en découdre avec Mère Grand ! De fait, la pression du 7e art pourrait bien avoir été plus importante que celle des Lettres puisque la commémoration du centenaire de la naissance de Ian Flemming, le 28 mai 2008, se trouvait fâcheusement privée – un comble - de sortie cinématographique, tous les « vrais » James Bond ayant déjà été adaptés… L’honneur est donc sauf et Sir Ian sera fêté comme il se doit grâce au talent de Faulks, dont Devil May Care [« Le diable peut se faire du mouron»] paraîtra le jour J. Un petit goût de retraite et d’amertume semble flotter sur les nouvelles aventures de 007, qui se situeront quatorze ans après ses exploits dans Casino Royale…!
Autant en sabote le vent
Que les héros connaissent ainsi une deuxième vie après la mort de leur créateur a beau faire grincer les dents des puristes, le résultat n’est pas forcément dicté par la rapacité des héritiers et peut produire de fort bons résultats. C’est en tout cas l’avis des lecteurs de la série Les scorpions du désert, consacrée par Hugo Pratt à une unité d’espions britanniques qui, durant la Seconde Guerre mondiale, empoisonnèrent l’ambiance du côté de Djibouti. L’auteur, malade, avait lui-même souhaité que la saga soit terminée, et c’est le dessinateur suisse Pierre Wazem qui, dix ans plus tard, a reçu cette précieuse mais lourde mission, soutenu par la collaboration de Patrizia Zanotti, la propre coloriste de Pratt : plutôt admiratif, le monde de la BD avait alors consacré en 2005 à Angoulême une exposition de planches originales du maître et de son successeur. Mais tous les héros ne sont pas aussi chanceux, et le frère de Margaret Mitchell, Stephens, s’acquit pour donner une suite au mythique Autant en emporte le vent le talent vraiment très moyen d’Alexandra Ripley. Il furent sans doute les deux seuls à s’étonner que le succès de Scarlett ait été aussi discutable – mais cela n’a pas découragé pas les Éditions OH !, fières d’avoir décroché les droits pour la version française, annoncée pour novembre 2007 sous le titre du Clan Rhett Butler ! Assez honnêtement, le roman paru en 1992 s’appelle en anglais Scarlett : « séquelle » du roman de Margaret Mitchell, une expression qui dit bien ce qu’elle insinue tout en annonçant sa félonie, puisque l’auteur d’Atlanta avait clairement refusé de donner une suite à son œuvre…!
Science-fiction et vieilles dentelles
Quasiment depuis la trouvaille du regretté Gutenberg, on ne compte plus les auteurs pressés par des lecteurs déçus [Conan Doyle obligé de ressusciter Sherlock Holmes pour éviter le lynchage, par exemple] ou des héritiers victimes d’un percepteur gourmand, qui remettent la main à la plume et vous troussent un ixième épisode en appendice aux addenda de la prochaine suite. La science-fiction en est spécialiste, les séries en poupées russes remontant même allègrement, faute de mieux, aux origines d’avant le premier volume ! La célèbre saga Dune de Frank Herbert, inachevée, est peut-être la première à avoir poussé le jeu si loin : au grand scandale des mordus, c’est son fils, Brian, qui a épluché les notes prétendument laissées par son père pour composer ce flash back en sept modestes volumes ! Mais la suite la plus originale revient sans doute à Pierre Bayard, qui a eu le culot de reprendre la trame et les personnages de l’une des œuvres les plus célèbres d’Agatha Christie, Le meurtre de Roger Ackroyd. Ce roman inaugura en 1926 une « ficelle » souvent copiée depuis, et rarement égalée en efficacité : c’est le narrateur, collaborateur de l’enquêteur, qui se révèle être le meurtrier. Du moins est-ce ce qu’Agatha a cru… Avec une belle audace, Bayard n’hésite pas en effet à reprendre un indice après l’autre, démontrant par sa propre enquête que le meurtrier n’est pas forcément celui qu’on croit, et que ce narrateur fanfaron et le véritable tueur ont bel et bien berné leur auteur, trop prompte à se fier aux apparences … Car il y a toujours quelque chose derrière les apparences : cela fit la gloire d’un grand spécialiste de l’histoire à suites sans fin, l’inspecteur Colombo ! I
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Pierre Bayard, Les Editions de Minuit, Paradoxe, Broché, 1998, 169 pages
Prix : CHF 28.70
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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| 2) |
Sebastian Faulks, Flammarion, Broché, 2002, 390 pages
Prix : CHF 36.60
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Alexandra Ripley, LGF/Le Livre de Poche, Le livre de poche, Poche, 1997, 441 pages
Prix : CHF 11.20
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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| 4) |
François Cérésa, Plon, Broché, 2001, 500 pages
Prix : CHF 40.70
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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