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Aussi régulière et attendue que « la » Rentrée d’automne, la saison littéraire qui s’annonce pour les premières semaines de l’année nouvelle est elle aussi fort riche, mais sait garder son indépendance et favoriser les coups de cœur. À vos marque-pages !

Il vous en faudra en effet, car cette rentrée de janvier, fidèle à ce qui est devenu une tradition, sera abondante : on annonce 547 nouveaux romans français ou traduits et 77 essais divers ! Le calme relatif de l’actualité en début d’année, du moins jusqu’aux élections municipales françaises et à l’Eurofoot, assurent à cette moisson multicolore une audience plutôt généreuse, ce qui permet aux éditeurs d’équilibrer, loin déjà – ou encore ! – de la pression des Prix, une saison toute en nuances : les valeurs sûres proposent des textes moins attendus, les auteurs prometteurs tiennent l’occasion d’étoffer leur personnage, les nouveaux venus se jettent à l’eau dans une ambiance plus décontractée qu’en automne, bref tout le monde y gagne, et le lecteur le premier ! Car quoi de plus agréable, que de dévorer en toute curiosité, bien au chaud, une montagne de titres flambants neufs amoureusement ciselés l’été précédent ?
Brrr…
Curieusement, la maladie d’Alzheimer, les épidémies, la vieillesse et la mort ont fait une hécatombe… Élégantes chez Henry Bauchau [Le Boulevard périphérique, Actes Sud], Tahar Ben Jelloun [Sur ma mère, Gallimard], Matthieu Lindon [Mon cœur tout seul ne suffit pas, POL] ou José Saramago [Les intermittences de la mort, Seuil], elles frappent plus sèchement chez Jean-Pierre Milovanoff [Emily ou la déraison, Grasset], Joseph Bialot [Le jour où Einstein s’est échappé, Métailié], Camille de Peretti [Nous vieillirons ensemble, Stock] et, surtout, Chuck Palahniuk, qui n’hésite pas à faire de la Peste [Denoël] l’arme d’un serial killer… Les affres de la vie, privée ou sociale : intégration, précarité, crise identitaire, sont eux aussi marquants, et si Nicolas Fargues crâne avec son Beau rôle [POL], Léonora Miano brosse trois portraits de jeunes Africains Tels des astres éteints [Plon] et Gérard Mordillat révèle crûment Notre part de ténèbres [Calmann-Lévy]. Plus simplement, la vie qui bascule a interpellé de nombreux auteurs, dont Dominique Fernandez perdu sur la Place Rouge [Grasset] et Joël Egloff fasciné par L’homme qu’on prenait pour un autre [Buchet-Chastel], Julien Bouissoux embarqué dans une étrange Odyssée [L’Olivier], Véronique Ovaldé qui démolit soigneusement les illusions de son héros dans Et mon cœur transparaît [L’Olivier]. La science, aux limites du fantastique, contribue à cette ambiance inquiétante, que ce soit avec l’étrange Lumière du rat de Patrick Grainville [Seuil], le triste Enfant de cristal sous la plume de Theodore Roszak [Cherche Midi], ou les décapantes Recettes intimes des grands chefs d’Irvin Welsh, qui empiète allègrement sur les plates-bandes de Dorian Gray ! Heureusement que, chez Flammarion, le raffiné Sebastian Faulks invite plus sereinement ses jeunes héros, médecins victoriens, à prendre L’empreinte de l’homme…
Poudre de sourire
Est-ce à dire que cette rentrée de janvier fera froid dans le dos ? Certes non ! Les souvenirs et l’enfance ont inspiré de leur chaleureuse nostalgie bien des titres, à commencer par les Camarades de classe de Didier Daeninckx [Gallimard], la drôle de Fabrique de souvenirs de Philippe Pollet-Villard [Flammarion] et la Maison de l’été de Patrick Cauvin [NIL]. José Carlos Llop, contempteur du franquisme, relit pour nous Le rapport Stein [Jacqueline Chambon], tandis que Goliarda Sapienza revient chez Viviane Hamy avec une Lettre ouverte lumineuse et forte. De plus, certains auteurs passionnés ont fait de l’écriture leur sujet : ainsi le très intrigant Théorème d’Almodovar [Gallimard] d’Antoni Casas Ros - son auteur, comme le héros, est invisible car défiguré… - une très belle Vie et mort en quatre rimes [Gallimard] d’Amos Oz, et, de Jean-Christophe Rufin, médecin humanitaire devenu romancier et ministre, Un léopard sur le garrot [Gallimard]. Il y aura aussi de superbes histoires d’amour avec les Profondeurs de… Henning Mankell [Seuil], le Battement d’ailes de Milena Agus [Liana Levi] ou Un feu amical mais brûlant d’Avraham B. Yehoshua [Calmann-Lévy], et des romans historiques flamboyants, notamment Mort et vie d’Edith Stein de Yann Moix et Chronique du règne de Nicolas Ier de Patrick Rambaud, chez Grasset - mais on attend aussi La fille au pied de la croix de Duchon-Doris [Julliard], Délivrez-nous du mal de Romain Sardou [XO] et L’enfant élu du mongol Galsan Tschinag [Métailié]. Et il y aura même du rire et de la fantaisie pleine page grâce à l’imagination débridée de Paul Torday et sa folle Partie de pêche au Yémen [Lattès], de Gary Shteyngart parti, lui, pour l’Absurdistan [L’Olivier], de Didier van Cauwelaert qui doit passer La nuit dernière au XVe siècle [Albin Michel] et du jeune marocain Fouad Laroui, qui a rencontré La femme la plus riche du Yorkshire [Julliard] ! Enfin, autre fantaisie mais sur un autre ton, certains se sont laissé tenter par la vogue du polar, dont sont teintés aussi bien Mon traître de Sorj Chalandon [Grasset] et Un homme accidentel de Philippe Besson [Julliard] que la Belle maison de Franz Bartelt [Le Dilettante] et, plus noir et surprenant de tous, le Lac d’Or [Albin Michel] de Jacques-Pierre Amette !
Et ici ?
Les auteurs suisses ne sont pas oubliés ! Météore surprenant dans le ciel des lettres romandes, la jeune journaliste lausannoise Anne-Sylvie Sprenger récidive avec une Sale fille [Fayard] aussi dérangeante que sa Vorace. Chez Zoé, ce sont les homonymes qui se répondent : Catherine Lovey dénombre Cinq vivants pour un seul mort, Jean-Marc Lovay livre ses personnages, surréalistes traqueurs de rêves, aux risques de la Réverbération. Plus délicatement fantasque, Rose-Marie Pagnard investit l’univers des contes pour inventer un Conservatoire d’amour [Rocher] à Hänsel et ses sœurs Gretel et Gretchen, alors qu’aux Éditions d’En-Bas Jérôme Meizoz, mélancolique, joue Père et passe - ou plutôt impasse… Quand à Jacques Chessex, c’est à sa mère qu’il consacre un petit essai doux-acide [Pardon mère, Grasset], tandis l’autre monstre sacré de la littérature suisse, Anne-Marie Schwarzenbach, est au programme de Zoé avec une cinquantaine de Lettres à Claude Bourdet, dans lesquelles s’expriment, de 1931 à 1938, sa révolte face à la montée de l’extrême droite en Europe. Enfin, côté traductions, une cascade de romans traduits de l’hébreu, en prélude au Salon du Livre de Paris dont les auteurs israéliens seront les hôtes d’honneur. Les grands maîtres : Aharon Appelfeld [La chambre de Mariana, L’Olivier], David Grossman [Essais, Le Seuil], mais aussi une douzaine d’auteurs jamais traduits en français.
Alors… par lequel allez-vous commencer ? |