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Alors que l’investiture de Barack Obama ne fait plus de doute, son récent discours de Philadelphie est publié en français.
Une leçon, mais suffira-t-elle ?

Si ceux qui ont lancé le pavé Wright dans la mare Obama ont cru descendre à bout portant l’un des plus brillants candidats à la présidence qu’auront connu les États-Unis, ils se sont fourré le bulletin dans l’œil jusqu’à l’omoplate. Non d’ailleurs que les discours enflammés du révolutionnaire pasteur de Chicago aient été manipulés – en tout cas pas plus qu’acceptable dans un reportage de chaîne grand public américaine – car l’homme, par ailleurs fervent et efficace défenseur des opprimés afro-américains depuis trente ans, ne cache pas ses excès de convictions, et flanquerait probablement son poing dans la figure de celui qui le traiterait de modéré. Il est néanmoins difficile de voir, dans la juxtaposition diffusée d’extraits virulents, et même injustes, un simple souci de faire connaître au monde la profondeur des sermons du Révérend Jeremiah Wright, et derrière sa massive silhouette c’est bien évidemment la figure beaucoup plus frêle de Barack Hussein Obama qui était visée. Accuser le candidat à l’investiture démocrate de concertation avec le terrorisme islamique était un peu facile étant donné son origine familiale [son père kényan et son beau-père indonésien étaient musulmans], et finalement contre-productif. Lui reprocher en revanche des accointances avec un irascible qui critique haut et fort la politique américaine et encourage ses ouailles à former une entité afro-américaine plus ou moins indépendante, voilà qui était plus intéressant…
Pour avoir voulu trop bien faire, les initiateurs de la controverse ont négligé la force dont le jeune candidat – 46 ans, un bébé politique – était capable pour rendre clairs, complets et compréhensibles ses convictions propres, ses projets politiques, ses ambitions pour l’avenir des Américains. De même qu’on n’attendait pas du juriste et analyste financier – qu’il fut – une explication sincère, ni du candidat favori un net et publique refus de l’ambiguïté, ce confortable coussin d’air politique. En 39 minutes et 37 secondes, sur les marches historiques du Capitole, Obama a livré le fond de sa pensée sur un sujet que les Américains ont toujours à l’esprit mais presque jamais à la bouche : le racisme, dans son sens le plus large d’appartenance à une nation, à une culture, mais aussi à une race – humaine. En phase peut-être accidentelle mais pertinente avec l’actualité, au moment même où le résultat des dernières primaires du Montana et du Dakota du Sud donne un avantage décisif à Obama, Grasset édite ce texte, pompeusement baptisé De la race en Amérique, remarquablement introduit par la préface du journaliste François Clemenceau, correspondant d’Europe 1 à Washington depuis plusieurs années. A More Perfect Union, le titre original de ce discours, le lie davantage encore à l’histoire même des États-Unis, puisqu’il reprend l’introduction de la Constitution rédigée à Philadelphie en 1787 par onze des treize premiers États américains: « Nous, peuple des États-Unis, en vue de former une union plus parfaite… » Et c’est bien cette image d’un rassembleur ayant le projet d’unir les Américains les plus divers en une action unique et constructive pour tous, que Barack Obama a réussi à donner. Candidat noir pour les Noirs ? Intellectuel pour les bobos ? Golden boy pour les financiers ? Gentil pour les braves gens ? Non, juste candidat de tous, mâles et femelles, blacks et yankees, métis, immigrés ou WASP [colons anglais protestants] bon teint. Le candidat, point. Poussés dans leurs retranchements, les tenants d’Hillary Clinton et les Conservateurs eux-mêmes ont été obligés d’admettre qu’il s’agissait là d’un morceau d’anthologie…
L’écho de ce discours historique est l’illustration la plus directe de l’avantage que représente, finalement, la longue et pénible bataille pour l’investiture démocrate : les deux candidats, ayant presque évité l’écueil des « mots de trop », ont eu longuement l’occasion de mettre en regards leurs visions respectives de l’avenir et des moyens pour y parvenir. D’un bord ou de l’autre de l’échiquier démocrate, chacun aura eu la motivation d’être meilleur à chaque remise en jeu, pour le bénéfice des électeurs qui auront rarement eu la possibilité de se faire une opinion aussi étayée. Alors que John McCain, seul en piste depuis des semaines, se contente d’étaler sans risque ni débats ses idées, parfois réalistes, parfois étonnantes : il a déclaré récemment pouvoir régler victorieusement le conflit irakien en cinq ans – celui qui dit « Viêt Nam » a un gage – et « éviter la guerre civile » [sic], qui y sévit déjà depuis de longs mois. Ce qui prouve qu’il ne regarde même pas le TJ… I