|
| ||
Pendant un an, Colin Beavan et sa famille ont vécu à New York sans laisser d’empreinte carbone.
Parution de No Impact Man, sur papier recyclé !

Avec Into the Wild [10-18, 2008], Jon Krakauer a familiarisé le public occidental avec le destin extrême d’un jeune citadin américain abandonnant tout pour une expérience de solitude et d’autarcie. L’issue mortelle de cette randonnée ne faisait pas une publicité délirante au camping gaz et aux pommes de terre sauvages… Colin Beavan, lui, est un bon vivant qui n’a pas le chromosome d’ermite, ni même de dynamiteur des icônes de la réussite sociale, mais qui aimerait bien le rester – vivant. Et si possible agréablement, tout en léguant à son bébé une planète en état de marche. Partout, la dénonciation des méfaits du CO2 et les conseils de comportement « vert » abondent, mais qui les applique vraiment ? Sont-ils vivables ? Et dans quelle proportion ?
Le jeune ingénieur altermondialiste, auteur d’essais sur la criminologie ou les guerres d’Afghanistan, décide donc en 2008 d’en finir avec les lamentations stériles et de vivre un an sans laisser d’empreinte écologique ou presque. Et pas tout seul en Alaska comme Chris, mais dans son appartement de Manhattan, avec sa femme pas d’accord, sa gamine pas étanche et son chien pas végétarien. Plus de voiture ni d’ampoules, de réfrigérateur ni de climatiseur, de télé ni de langes jetables, de plats cuisinés ni de bouteilles plastique. Juste les légumes du marché, les bougies, le savon de Marseille, les mêmes vêtements que l’an passé, et quand il fait froid les pulls et les copains pour réchauffer l’atmosphère. La vraie vie. Et un blog, No Impact Man [L’homme sans empreinte environnementale] que visite toute la planète ! Qu’il aurait d’ailleurs été équitable d’appeler « No Impact Couple », car renoncer au lave-linge, à l’aspirateur et aux mets surgelés est une discipline qui retombe plutôt sur les femmes…
Contrairement à ceux qui commencent le régime salade-yaourt, s’inscrivent au fitness et cessent de fumer en même temps – et tiennent le coup trois semaines – Colin et Michelle Beavan ont planifié pour l’année leur couverture de toutes les sources de pollution et de gaspillage [sauf l’ordinateur pour le blog], ce qui rend l’expérience si radicalement différente de l’american way of life que l’exotisme semble s’en dégager ! Et, en tout cas, une logique interne, une cohérence qui permettent d’assumer. Surpris, les Beavan ont ainsi découvert qu’ils étaient non seulement plus « propres », mais plus libres de leur temps et de leur pensée, plus sociables, plus curieux ! Admettant qu’ils ne garderont pas l’intégralité du programme comme habitude, ils ont acquis des réflexes dont il est aisé de s’inspirer pour améliorer considérablement certaines situations, voire faire changer le système sous la pression de certains comportements différents. Difficile de se passer de papier de toilette, mais très facile de choisir le tout blanc recyclé !
Autre atout, l’expérience peut faire office de développement durable pour toutes sortes d’industries, en incitant à une réflexion qui permette de dégager des équilibres nouveaux entre un confort raisonnable et l’écologie ! Sur le plan de l’énergie par exemple, est-il en effet plus rationnel que chacun cuise ses propres aliments, ou qu’un professionnel cuisine en quantité ce que chacun emportera en portion ? Le calcul serait sans doute surprenant. En revanche, les innombrables barquettes et couverts de plastique générés font triste figure en regard de l’assiette de porcelaine indéfiniment réutilisable ! Quoique l’eau et le produit nécessaires à son entretien bi-quotidien ne soient pas totalement innocents… Et les exemples de ce genre se retrouvent à chaque page ou presque de No Impact Man : en filigrane, l’expérience désigne les charnières entre deux types de consommation, dont les contradictions sont [ou devraient être…] d’excellentes pistes de réflexion pour faire évoluer les choses – limiter drastiquement les polluants inutiles, favoriser le biodégradable, etc – sans forcément en revenir à l’âge de la pierre. No Impact Man le prouve, les comportements « verts » créent du travail, du plaisir et se vendent bien ! I