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Mangas: De Akira à Heads


Claudia Mélin
30 mai 2006

Détrônant l’édition jeunesse, la BD est le secteur éditorial qui a le plus progressé l’année dernière. Selon Gilles Ratier, secrétaire général de l’Association des critiques de BD, 42,28% de sa production serait  représentée par des mangas, leur nombre ayant quintuplé en un an !  Tous les grands éditeurs possèdent désormais une filiale mangas [Glénat Manga, Kana pour Dargaud, Sakka pour Casterman, Tonkam et ses propres labels pour Delcourt, Soleil Manga pour Soleil, Kurokawa pour Editis,…], se sont lancés dans la BD [La Martinière, Albin Michel, Les Humanoïdes associés, Bayard, …] ou en ont fait leur fonds de commerce depuis leur création [Pika], alors que les librairies poussent les murs pour accueillir la multiplicité des titres proposés par les éditeurs et que certains parents sont un peu dépassés par l’enthousiasme passionné que déclenche ce genre de BD chez leurs enfants…

Katsuhiro Otomo, Akira © Glénat.
Détail. Katsuhiro Otomo, Akira © Glénat.
Manga désigne en japonais les bandes dessinées en général alors qu’en français, il désigne de façon plus spécifique les bandes dessinées japonaises. L’étymologie du mot remonte au début du XIXe siècle, car contrairement à ce que l’on pourrait penser le manga n’est pas un genre issu d’une mode ou d’une vogue éphémère. C’est Hokusai, connu en Europe pour un dessin représentant une vague, qui en 1814, désigna sous ce nom certains de ses dessins. Littéralement Manga venant de Ga [image, dessin] et de Man [rapide, malhabile] se traduit par « esquisse » ou « image dérisoire ». 

Du emakimono au manga moderne
On estime aujourd’hui que plus de 50% de la population japonaise lit au moins un manga par semaine. Le marché du manga représenterait ainsi plus d’un tiers par ses tirages et plus d’un quart des revenus de l’édition japonaise soit 4, 43 millions d’euros. C’est dire l’ancrage de ce genre dans la culture japonaise. Issu des emakimono qui associaient au XIIe siècle des peintures à des textes calligraphiés qui racontaient une histoire, souvent la copie d’une œuvre chinoise, que l’on découvrait au fur et à mesure que l’on en déroulait le rouleau, le manga ne connut, sa forme actuelle, qui est celle de la bande dessinée, qu’au XXe siècle. La traduction et la large diffusion des comics-strips dans la presse japonaise pendant l’occupation américaine, tout de suite après la Seconde Guerre mondiale, et qui influença fortement les mangakas [dessinateurs de mangas], y sont notamment pour beaucoup.

Tezuka Osamu, passionné par le travail de Walt Disney, s’inspire du travail du dessinateur américain et, ce faisant, transforme le manga en y introduisant le mouvement par des effets graphiques et par l’alternance de plans et de cadrages cinématographiques qui rompt avec la tradition théâtrale et fixe du manga et avec le dessin de personnages jusque là toujours représentés en pied, à égale distance et au centre de l’image. Les personnages ont souvent de grands yeux, ce qui permet de renforcer l’expressivité de leur visage, symbolisant leurs émotions. L’étonnement, par exemple, est souvent traduit par une chute du personnage. Les dessins de Tezuka, dont l’animation est le véritable objectif, deviennent alors les caractéristiques du manga dit moderne prévalant encore aujourd’hui. Tezuka adapte ainsi une de ses œuvres en 1963 pour la télévision, connue dans les pays francophones sous le nom de Astro le petit robot. Le passage incessant du papier à ce que l’on appelle désormais l’anime est une autre des caractéristiques importantes du manga qui se décline aussi dorénavant en jeux vidéos.

« Dis-moi quel manga tu lis et je saurai qui tu es »
Le système de publication des mangas a, cependant, ceci de très particulier qu’il fonctionne sur le mode de la prépublication. Les mangas japonais ne sont effectivement que très rarement édités directement sous forme de volumes reliés. Ils apparaissent d’abord sous forme de chapitres d’une vingtaine de pages dans des magazines ou des revues spécialisées dont le rythme de publication peut être très variable. Ce n’est que dans un deuxième temps, lorsqu’un manga rencontre un succès notable, qu’il est édité en volume relié, appelé Tankonon [format poche], Bukobon [format pour les rééditions] ou Wide-ban [format « luxe »], voire adapté en Anime [dessin-animé].

Une autre des caractéristiques du manga est qu’il se décline par catégories d’âges et par genres. Le manga grandit avec son lecteur ; ainsi les Kodomo sont pour les jeunes enfants, les Shonen pour les jeunes garçons adolescents, les Shojo pour les jeunes filles adolescentes, les Seinen pour les jeunes hommes et adultes, les Josei pour les jeunes femmes et adultes, les Seijin pour les hommes adultes, les Redisu pour les femmes adultes. De la même façon, des genres particuliers tels que Yonkoma, manga en quatre cases, souvent humoristique, les Gekiga, manga dramatique des années 60-70, les Ecchi, manga érotique, les Hentai, manga pornographique, les Suiris, manga policier, Yuri, romance sexuelle entre femmes, Yaoi, romance sexuelle entre hommes, ou encore les Jidaimono, manga historique, pour ne citer que ceux-là… Ces différents types de mangas se déclinent de plus en sous-catégories ou en sous-genres, chacun d’entre eux pouvant à son tour disposer de caractéristiques plus marquées en ce qui concerne le dessin notamment. On oppose ainsi souvent les Shonen [mangas pour les jeunes garçons] où les violences sanguinolentes se mêlent à des images de jeunes filles en fleurs quelque peu dénudées, dont les planches sont souvent chargée de détails, aux Shojo [mangas pour les jeunes filles] où le dessin est beaucoup plus épuré, les silhouettes des personnages longilignes, les expressions des visages plus expressifs, alors que les histoires tirent souvent vers la romance…

Les aventuriers du manga
C’est dans le courant des années 1980 que les mangas ont commencé à être publiés par les éditeurs français notamment. Glénat fut le principal pionnier, qui fit date en la matière, avec la parution en 1989 de Akira de Katsuhiro Otomo où à Neotokyo, dans un futur proche, l’armée procède à des expériences sur des enfants afin de développer leur facultés parapsychologiques…, puis de Dragon Ball de Akira Toriyama qui raconte l'histoire de Sangoku, un petit garçon très doué en arts martiaux, et doté d'une queue de singe. En 1996, KanaI [Dargaud] se lance à son tour dans l’aventure manga et publie Saint Seiya de Masami Kurumada, un manga devenu culte depuis, notamment grâce à son adaptation en anime sous le nom des Chevaliers du zodiaque. L’histoire raconte comment, depuis la nuit des temps, lorsque les forces du mal s'éveillent, des chevaliers [saints] vêtus d'une armure (cloth) font leur apparition pour protéger la Terre. On les appelle les chevaliers d'Athéna. Lors de l'un de ses voyages en Grèce, Mitsumasa Kido fait la connaissance d'un jeune garçon agonisant. Celui-ci lui confie l'armure d'or du Sagittaire et un bébé [Saori Kido] qu'il présente comme la réincarnation d'Athéna. Il lui demande de trouver des jeunes garçons courageux afin de protéger l'enfant, appelés les Chevaliers du Zodiaque…

Nombreux sont les éditeurs qui se sont depuis engouffrés dans la brèche. Il reste qu’aujourd’hui ce genre est devenu, à juste titre, une branche à part entière de la bande dessinée qui séduit tous les lecteurs, petits ou grands, heureux de trouver leur bonheur dans le large choix qui leur ainsi offert.

ENTRETIEN. Olivier Lazzarini, Propos recueillis par Claudia Mélin.

Olivier Lazzarini, Directeur marketing et droits dérivés aux Éditions Glénat, premier éditeur en France à avoir publié des mangas, a bien voulu nous accorder une interview le 8 juin dernier, alors que paraît Sommelier, le premier volume d'une très belle série.


Claudia Mélin. Comment Jacques Glénat a-t-il découvert les mangas et qu'est-ce qui lui a donné envie d'en publier au point de créer plusieurs collections ?
Olivier Lazzarini. L’histoire de Jacques Glénat et des mangas trouve son origine dans une passion, celle de l’homme pour toutes les formes de bande dessinée au sens large. Ensuite, il a suffi d’un voyage au Japon pour que la curiosité de Jacques Glénat lui fasse feuilleter et aimer Akira qui est, de fait, devenu le premier manga publié en France. Et puis il y a cette volonté de faire partager cette passion au plus grand nombre ; dès lors, Jacques Glénat n’aura de cesse de dénicher les séries et de les publier, à commencer par l’incontournable Dragon Ball ou Gunnm.

CM. Comment pourrait-on expliquer l'engouement mondial pour ce type de bandes dessinées et notamment en France et en Suisse ?
OL. En amont, il y a la conjonction de plusieurs phénomènes concomitants qui ont abouti à ce résultat : l’introduction de productions japonaises, notamment le dessin animé [de qualité variable il faut reconnaître] qui a sensibilisé le public à ce style particulier qu’est le dessin japonais ; ensuite, une découverte progressive du Japon et plus largement du sud-est asiatique tant dans l’art, que l’art de vivre [cuisine, sport, mode…] ; enfin, le manga possède des qualités éditoriales qui sont en ligne avec l’évolution de notre société : le nomadisme – et l’adaptation d’un petit format au mode ambulatoire ; la vitesse et le « zapping » qui trouvent un écho dans le rythme de parution, la rapidité de lecture de ce format ; enfin, la recherche actuelle des consommateurs du produit qui leur convient ; là encore le manga dans ses différents styles [shonen, shojo, seinen…] et dans les différents sujets traités répond à ces attentes.

CM. Cela fait plus de quinze ans que Glénat publie des mangas. Quel regard portez-vous aujourd'hui sur le travail de découvreur que Glénat a effectué depuis la parution de Akira en 1999. Quels sont vos projets pour l’avenir ?
OL. Il faut souligner le travail de pionnier effectué par Glénat, Jacques Glénat a véritablement ouvert une voie pour le manga en Europe. Le travail qui a été fait depuis a toujours été dans la perspective de marier qualité et populaire, comme l’illustre la publication de Nausicaä à une époque où l’œuvre cinématographique de Miyazaki ne connaissait pas encore l’engouement actuel.
L’avenir s’inscrit dans la continuité, la recherche à la fois des séries populaires s’adressant au plus grand nombre [One Piece, Bleach, Rave…] mais aussi la volonté de faire découvrir des séries , peut-être plus pointues, traitant de sujets plus particuliers comme la magnifique série Sommelier dont le tome 1 vient de paraître.

Shonen


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Matsumoto Taiyou, Delcourt, Akata, Album, 2005, 455 pages
Prix : CHF 47.90
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Masashi Kishimoto, Kana, Shonen Kana, Broché, 2002, 187 pages
Prix : CHF 10.30
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Gôshô Aoyama, Kana, Mangas, Poche, 1997, 182 pages
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Seinen


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Keigo Higashino, Delcourt, Ginkgo, Poche, 2005, 208 pages
Prix : CHF 13.40
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Hideki Arai, Casterman, Sakka, Poche, 2005, 201 pages
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Hiroya Oku, Tonkam, Broché, 2003
Prix : CHF 15.90
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Ecchi


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Katsu Aki, Pika Edition, Senpai, Poche, 2008, 170 pages
Prix : CHF 13.30
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Reiko Yoshida
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Nanpei Yamada
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