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On pensait tout savoir de Frida Kahlo, icône fantasque et tragique du Mexique. Ses lettres, murées durant un demi-siècle dans sa propre maison, étaient pourtant inédites : trois ans après leur découverte, elles paraissent en français !

Dans les années quatre-vingt, les dictionnaires ne mentionnaient pas Frida Kahlo, ni comme artiste à part entière ni même dans la rubrique consacrée à son célèbre peintre d’époux, Diego Rivera. Aujourd’hui, la littérature et le cinéma ont propulsé parmi les plus grands la troisième fille [1907-1954] de Wilhelm Kahlo, photographe allemand émigré à Mexico, et de Mathilda Calderón, peintre surréaliste mexicaine d’origine indienne. Depuis, tout semblait avoir été dit, exploité, décortiqué : sa famille bourgeoise mais désunie, sa santé minée par la poliomyélite puis un très grave accident, la peinture apprise en solitaire depuis son lit, l’engagement communiste, le féminisme, les tumultueux mariages avec le vieil « éléphant » Rivera, la carrière, les succès, les passions bisexuelles, les caprices, le narcissisme tragique, la torturante déchéance physique, les funérailles nationales. Pas grand-chose, finalement. Car l’âme de Frida - qui s’appelait Magdalena Carmen - et tout ce qui entoura sa vie : sa riche correspondance, ses carnets de croquis, sa chatoyante panoplie de vêtements, ses collections de photos, sont restés emmurés dans sa maison jusqu’en 2004…
Une incroyable liberté !
Pour Dominique Bourgois, directrice générale des Éditions Christian Bourgois, qui est tombée à la Foire de Francfort sur l’annonce de la publication des lettres en espagnol et a immédiatement jeté son dévolu sur ce trésor, la décision d’assurer la publication en français fut instinctive mais non sans conséquences car, ainsi qu’elle l’avoue, « le travail éditorial et le choix de ces lettres ont été longs ! » Classés et commentés par une spécialiste mexicaine de l’artiste, la journaliste et critique d’art Raquel Tibol, la correspondance et divers textes brossent, en parallèle à l’œuvre peint, une autobiographie en creux de Frida Kahlo. Étonnamment modeste au sujet de son habileté à manier les mots, ces « couleurs que je ne connais pas », Frida est en vérité aussi douée pour la prose que pour la palette. Sa curiosité, ses passions sans concessions, sa générosité dans l’enthousiasme et son mordant dans l’ironie trouvent dans l’écriture un terrain vaste et riche, et ses excès, voire ses explosions, sont largement aussi colorés que ses toiles ! « Je suis écoeurée par tous ces Européens pourris » écrira ainsi à paris en 1939 celle qui fut la maîtresse de Trotsky, « ces putains de démocraties ne valent pas un clou ! » Hébergée chez André Breton, elle descend ses hôtes en flammes : « Cette maison est une porcherie, elle est pleine de punaises et de puces, sa femme ne se lave pas, la cuisine est une catastrophe ! » Et vlan… Mais, outre ces spectaculaires et savoureuses envolées, les lettres de l’artiste révèlent, moins lyriquement que sa peinture, l’emprise impitoyable et croissante de la douleur. Sous une plume soudain amère, le martyre de ce corps persécuté par une trentaine d’opérations et une amputation se fait à la fois plus proche et plus sinistre. Rien pourtant n’entamera la vitalité ni l’indépendance de Frida Kahlo, qui ont fasciné Dominique Bourgois : « Personnellement, ce qui me touche dans ces lettres c’est l’incroyable liberté d’esprit de cette femme, que l’on ne connaissait qu’à travers diverses biographies » souligne-t-elle avec admiration. «J’aime son ton, son humour, sa perspicacité !» Et de la rapprocher d’une autre artiste prise dans les tourbillons du XXe siècle et que Bourgois a également publiée : Dorothea Tanning, compagne durant trente ans de Max Ernst.
Le trésor de la Casa Azul
Certaines de ces lettres, d’abord très efficacement mises à l’abri de la curiosité publique, ont aujourd’hui été manipulées par des dizaines de milliers de mains ! Près d’une centaine d’entre elles, soigneusement scellées entre des feuilles de plexiglas, sont en effet suspendues au plafond des salles d’exposition du Palais des Beaux-Arts, qui pour le centenaire de sa naissance rend un hommage national à Frida Kahlo. Pour Roxana Velasquez, directrice de l’institution qui a réussi à rapatrier pour l’occasion la quasi-totalité de sa production, elles font même partie intégrante de «l'œuvre d'une femme qui s'exprime par différents moyens, et pas seulement au travers de sa production picturale ». D’autres sont temporairement visibles dans les vitrines de la Casa Azul, la maison bleue de Coyoacán où naquit, travailla et mourut Frida Kahlo, et où l’urne contenant ses cendres – grabataire presque toute sa vie, elle ne voulait pas de cercueil - est façonnée à son image. C’est là qu’est actuellement exposée une petite partie d’un trésor aux aventures rocambolesques : au décès de Frida, Diego Rivera fit sceller tout ce qui pouvait faire relique ou scandale dans deux cabinets de toilette de la Maison Bleue, avec ordre à sa nouvelle maîtresse de ne les rouvrir que quinze ans après son décès – à lui. Délais que la dame, craignant les ennuis, repoussa jusqu’à son décès à elle… Ce n’est donc qu’en 2004, un demi-siècle après la mort de Frida Kahlo, que revint au jour un fabuleux bric-à-brac d’objets personnels : vaisselle, bijoux, 168 robes, 36 carnets de croquis, des centaines de dessins, de livres annotés, des milliers de photos – et plus de vingt mille documents ! Ses lettres livrent, aujourd’hui en français, un portrait renouvelé de celle qui fut l’incarnation même de la mythologie identitaire et politique du Mexique. Pourtant, les derniers mots griffonnés dans son journal sont douloureusement explicites : « J’attends avec joie de partir, pour, je l’espère, ne plus jamais revenir. Frida. »
| 1) |
Pierre Clavilier, Editions du Jasmin, Signes de vie, Broché, 2006, 191 pages
Prix : CHF 26.70
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 2) |
Jonah Winter, Ana Juan, Hachette, Album, 2006, 32 pages
Prix : CHF 23.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Magdalena Holzhey, Palette, L'art et la maniere, Album, 2005, 30 pages
Prix : CHF 26.80
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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