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- Vous avez commencé à travailler pour Gallimard Jeunesse en 1978, un an après la création de Folio Junior, quel regard portiez-vous sur la collection ? Comment la ligne éditoriale a-t-elle évolué ?
- À l’époque, la littérature de jeunesse n’avait pas le statut qu’elle a aujourd’hui. Ce fut un acte fondateur d’accoler le mot « junior » à la collection « Folio » […] Dès la première année, on avait déjà cet éventail extraordinaire, avec à la fois des classiques : John Steinbeck, Jules Verne, et des inédits de Roald Dahl, René Fallet […] Folio Junior est d’abord et toujours une collection d’auteurs, un espace dédié à la sincérité des tons, à l’éclectisme des voix, à la justesse des écriture, à l’ambition des propos, et a conservé son exigence littéraire. Elle est fondée à la fois sur l’inventivité et la cohérence, quel que soit l’univers, que ce soit un roman familial plein d’humour, un policier, un texte épique !
- Sur quels critères choisissez-vous les textes à publier en folio Junior ?
- La littérature d’aujourd’hui est de très bonne qualité. Si nous devions publier tout ce qui est bon, nous publierions dix fois plus ! […] Nos choix se portent sur ceux qui possèdent à la fois une vérité littéraire et une moralité, en ce sens qu’ils ont la capacité de faire du bien à un enfant.
- Vous refusez la segmentation théorique…
- Pourquoi mettre des étiquettes sur les livres ? Un ouvrage sur les animaux peut être un grand roman historique qui fait pleurer, un titre d’humour peut emmener dans une aventure ! Il est absurde de confronter la littérature miroir d’un côté et la littérature imaginative de l’autre. Les deux continents se mêlent.
- Le marché international du livre s’est considérablement élargi, quel impact cela a-t-il sur votre travail ?
- Folio Junior, comme tout le secteur de l’édition, est passé de l’artisanat, c’est-à-dire d’une certaine simplicité, à une ère industrielle. Je n’ai pas de nostalgie. Il y a trente ans, quand on aimait un livre, on passait un coup de fil, c’était facile. Maintenant, les bons auteurs sont en nombre croissant […] nous sommes amenés à prendre des décisions plus tôt, et les risques sont de plus en plus grands. Il ne suffit plus de publier […] mais il est important que l’éditeur retrouve ce goût du risque !
© LivresHebdo, 2007