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La fin du secret


Joëlle Brack
16 septembre 2011

La CIA déclassifie les documents qui assurèrent pourtant la survie d’innombrables héros…


© DR
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Peut-on tuer le Père Noël à n’importe quelle saison ? Apparemment. C’est en tout cas ce qu’a fait récemment la CIA en déclassifiant six documents estampillés « secret défense » depuis 1916 et 1917. Ces notices confidentielles avaient-elles à voir avec la Révolution bolchévique ? L’achat des Îles Vierges au Danemark ? L’entrée en guerre ? L’irruption sur le marché mondial du « roi des allumettes » ? Pire que ça.

En 1976, la CIA (qui avait cependant des dossiers autrement graves sur sa table, puisqu’elle annonçait alors que le refroidissement climatique allait bouleverser les équilibres économiques et démographiques mondiaux), la CIA donc, ou Langley, comme on dit familièrement dans les séries, avait pourtant décidé que ces documents revêtaient une importance telle qu’il était capital de les conserver top secret pour au moins quelques décennies encore. De toute façon, une poignée de feuillets sur microfiches n’allait pas encombrer beaucoup aux archives. Or c’est, paradoxalement, le progrès technologique : réseaux, satellites, numérisation et tout le bazar, qui allait décider du sort réservé à ces documents quasi-centenaires – ce qui n’est pas rien en ce jeune pays. Mais en un siècle où rien ni personne n’est plus à l’abri des Big Brothers googelisés, twittés, facebookés, il est vrai que la question du secret d’État pouvait se poser... Alors ils l’ont fait : ils ont dévoilé la recette de l’encre invisible.

Autant le dire : la magique mixture se composait de sulfate de fer et de cyanure de potassium additionné d’encre et d’eau. Les âmes sensibles que l’idée du cyanure empoisonnait avaient tout loisir de le remplacer par de l’amidon de riz, qui, lui, dégoûtait les âmes sensibles au gaspillage des denrées alimentaires – mais survivre c’est choisir… Bref, il suffisait ensuite d’appliquer sur le texte invisible un dosage subtil d’eau, d’iodate de potassium et d’acide tartrique pour faire lentement réapparaître le message. Une autre technique consistait à imbiber un simple mouchoir – nous parlons d’un temps où cet accessoire honni de Montaigne était en coton – de soude, de nitrate et d’amidon : trempée dans l’eau, l’innocente étoffe y libérait son apprêt, transformant le cuveau à lessive en encrier à encre invisible dans laquelle on pouvait alors tremper son porte-plume, tandis que le mouchoir retrouvait sa vocation première, d’une pierre deux coups. Inutile de dire que le soi-disant « progrès », avec ses kleenex et ses feutres à bille, ne fait pas le poids face à cette astucieuse pratique (vous pouvez toujours essayer).

La déception concurrence toujours le plaisir lorsqu’un mystère est dévoilé, car le goût de l’énigme est incomparable et « connaître le truc » tue le rêve. Mais il s’agit en ce cas de bien davantage que d’une déception, car le drame supplante rapidement l’éphémère adrénaline du secret percé. Qu’importent en effet la stratégie, l’espionnage, les complots, les services de renseignements, la sécurité nucléaire, l’ordre mondial ? C’est tout un pan de la fiction, cet « honneur du réel » (Jean-Luc Godard dixit) qui s’est effondré, et c’est bien plus grave ! Des romans de cape et d’épée aux aventures de James Bond en passant par Tintin et le Manuel des Castors juniors, combien de livres et de films n’ont-ils perdu d’un coup tout leur attrait, qui résidait en ces mystérieux messages ? Adieu le panache, l’imagination, le courage, l’ingéniosité, adieu les héros, les inventions, les histoires d’amour et les nations sauvés in extremis par l’encre invisible, les méchants audacieusement défiés par les bons qui savent écrire et lire, eux ! C’est moche de vendre la mèche, et le directeur de la CIA fera moins le fier quand on lui demandera des dommages et intérêts pour tous les scénarios grandioses bousillés par ses agissements !

Heureusement, il ne savait même pas que la meilleure recette d’encre sympathique est faite de jus de citron ou de savon : ce secret-là le reste donc. Bouffon, va.

pour les pros
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Didier Müller
Prix: CHF 37.10

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Tom Mahl
Prix: CHF 33.10

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Pierre Berloquin
Prix: CHF 36.60

pour les juniors
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Eric Sanvoisin
Prix: CHF 28.80


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Martin Oliver
Prix: CHF 16.10