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Avec son Journal d’un travesti, le Brésilien Edi Oliveira raconte la prostitution masculine telle qu’il l’a vécue en Suisse romande. Surprenant, à plus d’un titre.

Autant avertir tout de suite les esprits malveillants et les amateurs de blagues salaces : ce n’est pas dans ce Journal qu’ils trouveront de quoi rigoler grassement. La sobriété, en dépit du sujet, une philosophie étonnante et une certaine délicatesse caractérisent au contraire ce récit, livré depuis l’autre rive d’une vie mouvementée par un jeune Brésilien embarqué malgré lui dans l’univers de la prostitution masculine. Sept ans de vie clandestine et de bourlingue minuscule entre les villes romandes lui ont fait côtoyer les aspects sombres ou secret d’une société suisse par ailleurs éprise de normalité, de discrétion et de respectabilité.
Né dans une famille pauvre où la précarité est le quotidien, l’homme qui se fait appeler Edi Oliveira dit avoir cédé au charme sulfureux d’une femme qui l’attira vers la Suisse par de fallacieuses promesses de travail – et referma sur lui le piège de l’exploitation. Privation de papiers, menaces, clandestinité : le jeune garçon qui avait voulu devenir journaliste se retrouve sujet de fait divers… Contraint de se travestir pour vivre, Edi expérimente, avec un mimétisme bluffant, les comportements variés d’une clientèle en général coincée entre les convenances usuelles et des pulsions personnelles mal assumées. Conciliant et plutôt rassuré par la relative placidité helvétique, il sera pourtant confronté parfois à l’agressivité ou la violence – et semble toujours aussi effaré par la vogue des pratiques SM !
D’une franchise et d’une simplicité surprenantes, le témoignage d’Edi Oliveira frappe par le mélange de descriptions troublantes ou sordides et la clarté de perception de cet adolescent naïf devenu en peu de temps un pro organisé, et remarquablement bienveillant envers ses clients. Passée la difficile période de la dépendance au proxénétisme, ce travailleur du sexe indépendant n’en veut à personne de la vie qu’il a menée, et dont il a tenté de tirer le meilleur parti, jusqu’à tenter le mariage et, finalement, tout abandonner au profit d’une formation paramédicale. Mais la sérénité du narrateur n’occulte rien : c’est bien à un enfer cruellement organisé qu’ont affaire les clandestins happés par la traite des êtres humains, largement aussi révoltante derrière les sages façades romandes que n’importe où ailleurs.
Franchise pour franchise, on signalera ici quelques doutes sur la véracité absolue des données autobiographiques d’Edi Oliveira. Au risque du scepticisme injuste, voire de l’erreur, l’invraisemblance de certains enchainements doit être soulignée, par exemple quant à ses études, aux raisons qui l’ont incité à s’exiler, puis à rester, ou finalement à modifier radicalement sa vie personnelle, puis professionnelle. Journal d’un travestissement plutôt, et à ses propres yeux d’abord… Il ne serait pas inimaginable non plus que tous les événements racontés ne soient pas arrivés qu’à lui. Mais, et il faut l’affirmer avec d’autant plus de force, cela n’enlève rien ni à l’authenticité du témoignage dans son ensemble, ni aux vérités sociales déroutantes ou choquantes qu’il illustre, ni à la finesse des analyses de comportement, et encore moins à la profonde humanité dont est empreint le récit. Il est à souhaiter que ce Journal permette à celui qui le signe, et à d’autres peut-être, de se reconnaître le droit à une vie normale.
• «Journal d’un travesti», Edi Oliveira [Ed. Favre, 2011], EAN : 9782828912413, Fr. 24.00 - Disponible en commande libre

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Edi Oliveira, Favre Sa, Dossiers et temoignages, Broché, 2011, 127 pages
Prix : CHF 24.00
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