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Si les conditions s’y prêtent, on peut bien sûr les appeler agroglyphes, mais leur petit nom de « cercles dans les blés » est nettement plus familier, et garant à tout coup de conversations passionnées ! D’un design austère ou plein de fantaisie, ces motifs au tracé parfait, nés en pleine nature en quelques heures, ont de quoi ravir les esprits créatifs et intriguer vivement les scientifiques. Comme les pyramides ou les menhirs, leur réalisation semble en effet défier le bon sens et les capacités humaines, d’où les explications les plus étonnantes : messages d’extraterrestres, boules de feu, petits diables, courants électromagnétiques…
Et hop !
Le chercheur publié par les Éditions Favre, Eltjo Haselhoff, n’est pas ce qu’on appellerait un illuminé : ce Néerlandais au look de barde est docteur en physique. Curieux et passionné, il s’est spécialisé dans tout ce qui ne s’explique pas encore, et Les cercles dans les blés et leurs mystères [Favre, 2007], qui vient d’être réédité pour la troisième fois, fait figure de bible pour les amateur d’énigmes, de surnaturel et/ou de géométrie descriptive. Ouvert à toutes les possibilités, Haselhoff applique méthodiquement les processus de recherche scientifique aux phénomènes associés aux cercles : lumière, chaleur, modifications des plants etc, et met en regard données effectives, connaissances actuelles et pistes plus occultes. De son point de vue, si les extra-terrestres ne semblent pas entrer en ligne de compte, des phénomènes physiques aux limites du paranormal pourraient en revanche jouer un rôle dans certains cas, comme en témoigneraient des taux d’électromagnétisme, des marques de brûlure, des traces de poussières minérales ou des altérations de la croissance des plants touchés. La rigueur de ses expériences convaincra les plus sceptiques, bien qu’on puisse y repérer l’absence de quelques considérations très terre à terre. L’origine manifestement celtique des dessins, par exemple : documentés depuis le XVIIe siècle en Angleterre, lieu toujours très majoritaire de leurs apparitions, ils ne semblent s’être propagés ailleurs [États-Unis, Canada, Pays-Bas, Russie, Suisse] que depuis que les médias ont commencé à en parler. Leur forme aussi : contrairement à ce qui se passe avec le dessin à main levée, le cercle, base presque exclusive des motifs, est ce qui est le plus facile à réaliser au sol, avec des piquets et des cordes ! La rapidité d’exécution l’impressionne également : hop, du soir au matin, parfois en plein jour ! Mais les dessins exigent de hautes herbes, qui peuvent aisément cacher, sinon les exécutants, du moins le dessin lui-même, les plants « manquants » semblant être couchés par le vent ou l’orage jusqu’à ce que l’entièreté du dessin se révèle. Mais l’origine clairement artistique de certains cercles n’intéresse pas forcément le chercheur, qui explore plutôt les cas les moins simples. Pour ce qui est de l’occulte, le savant, ayant à cœur de ne négliger aucune piste, a même rencontré nombre de témoins s’affirmant en contact avec le cosmos, l’Au-delà ou les Martiens - leur laissant néanmoins la responsabilité de leurs affirmations…
Des ronds sur la boule
Saint-Exupéry l’avait découvert avec émerveillement : « L’avion nous a révélé le vrai visage de la Terre ». Car c’est bien vues du ciel que les marques dans les blés sont les plus spectaculaires. C’est ainsi que dans les années 1920 les premiers pilotes commerciaux, tanguant dans leurs zincs approximatifs à travers les courants de la Cordillère des Andes, découvrirent stupéfaits les gigantesques graphismes de pierre de Nazca, au Pérou, sans doute les plus anciens agroglyphes du monde à avoir perduré [entre -300 et 800 de notre ère]. Ils étaient là depuis des siècles, mais personne ne les voyait… Qu’on s’interroge sur l’origine des agroglyphes ou qu’on les attribue sans distinction à des plaisantins en mal de Guinness Book, Les cercles dans les blés et leurs mystères est de toute façon un superbe album de photos aériennes, ode à un art éphémère d’une grande beauté, et à la nature qui en permet la réalisation. Pour l’agriculteur de Corcelle-près-Payerne [VD], l’esthétique parfaite de la gravure réalisée le 1er juillet au milieu de son champ est cependant un aspect assez secondaire de l’affaire. Il a d’ailleurs exprimé sans ambages son sentiment au journaliste du quotidien 24Heures : « Je veux bien que ce soit joli de là-haut, mais vu du sol, c’est franchement emmerdant. Ils croient peut-être qu’on n’a pas assez de problèmes avec toute cette pluie !» Les céréales couchées ne pourront en effet être fauchées, bien que, dans la tradition des cercles cryptés, les tiges soient couchées mais non écrasées. Ce traitement étrange ne tue normalement pas les plants, mais décourage cependant les moissonneuses les plus sophistiquées. Il est à craindre, alors que les récoltes approchent, que les curieux ne piétinent encore le reste des plants pour venir voir de près ce phénomène, si bizarre au cœur de la sage et belle plaine broyarde. Les artistes qui sculptent ainsi la nature le font aux frais de sponsors très involontaires…
Par A plus B
Bien que la presse ait malicieusement baptisé le domaine de M. Cherbuin « Roswell près Corcelle », l’éventualité d’une œuvre extra-terrestre n’attirera pas les amateurs de science-fiction dans ses cultures : sitôt la nouvelle publiée, Lucien Blanchard, directeur de l’École technique de la Vallée de Joux, s’est mis au travail et, en deux logarithmes et trois sinusoïdes, a résolu la formule de la structure de Corcelle, expliquant comment des Castors Juniors bien équipés l’avaient réalisée. Dommage, c’est chouette quand c’est mystérieux… Tant pis, d’autres restent inexpliqués ! Et si certains agroglyphes sont bien l’œuvre de petits hommes verts, il n’y a qu’à se réjouir. Car cela prouve que ces lascars sont parfaitement au clair sur ce que signifie un rectangle de verdure, un cercle, un centre, une tactique fine et un geste sûr, qu’ils ont l’art d’être là où on ne les attend pas et le sens du grand spectacle comme de la controverse, c’est-à-dire tout ce qu’il faut pour envoyer sur Terre une équipe à Eurofoot 2008 ! I