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Toujours aussi audacieux, sir Francis Blake et le professeur Philip Mortimer se lancent à l’assaut du Sanctuaire de Gondwana, leur dix-huitième aventure et la première à se dérouler en Afrique noire !

S’il y a une chose qu’ils ne font pas, c’est bien leur âge : Blake et Mortimer, nés en 1946 dans les pages du magazine Tintin, ont soixante-deux ans. Pour le reste, ils ont tout essayé : la banquise et les pyramides, les missiles nucléaires et les égouts parisiens, l’Atlantide et le collier de la Reine… Il ne leur restait que l’Afrique à découvrir – c’est fait ! Amoureusement fignolé par deux grands noms de la BD, Thierry Sente pilotant le scénario et André Julliard aux pinceaux, Le sanctuaire de Gondwana, dont l’encre est à peine sèche, entraîne pour la première fois Blake et son complice Mortimer vers le continent noir. Dans le cratère même du Ngorongoro, à la recherche d’une civilisation aussi fantastique que disparue – ou pas…
Magie du 9e art, des personnages laissés au bord de la route en 1987 par la mort de leur créateur, après un compagnonnage de quarante ans et une douzaine d’albums, ont prouvé depuis que, tels les chats, il avaient neuf vies ! La première, nourrie avec passion par le talent polymorphe d’Edgar P. Jacobs, a créé un véritable univers autour des deux incorruptibles, à la fois archétypes d’une certaine tradition d’honneur et de courage – Blake, Sir et héros de la RAF – et ouverts sur les infinies possibilités du progrès – Mortimer, physicien nucléaire – dans un environnement scientifico-policier qui débouche adroitement sur la dimension fantastique. Les autres, depuis plus de quinze ans, sont suscitées à part égale par l’attrait commercial – il ne faut pas rêver… - d’un succès d’édition à exploiter, et par l’enthousiasme admiratif de successeurs prêts à endosser la défroque de Jacobs en souvenir de leur parcours commun [De Moor]… ou de leurs lectures de jeunesse !
Le dynamisme jamais pris en défaut des deux personnages comme de leurs aventures pourrait bien venir d’un point commun à son auteur et à ceux, dessinateurs ou scénaristes, qui ont poursuivi son œuvre : l’éclectisme. Jacobs lui-même fut d’abord chanteur d’opéra : le « E.J.Jacobini » à l’affiche de l’opéra dans L’affaire Tournesol, c’est lui, clin d’œil de son ami et patron Hergé ! Jean Van Hamme [L’affaire Francis Blake, L’étrange rendez-vous], lui, débuta comme ingénieur commercial puis devint romancier et scénariste de cinéma, entre autre de Diva pour Beneix, tandis que son dessinateur Ted Benoît [L’affaire Francis Blake] est réalisateur de télévision et graphiste publicitaire. Quant à Yves Sente [La machination Voronov, Les sarcophages du 6e continent], diplômé en sciences politiques - grâce à une thèse qui portait sur les liens de la Suisse avec la communauté européenne ! – il fut édité d’abord par le Wall Street Journal… Par la suite directeur éditorial et gestionnaire aux Éditions du Lombard, il choisit en 2000 de présenter anonymement son scénario de La machination pour être sélectionné, finalement, par son propre concurrent, Dargaud ! Et René Sterne, qui avant de disparaître récemment avait presque achevé La malédiction des trente deniers, était pour sa part enseignant et marin… Seuls Bob De Moor, qui en 1990 termina le second album de La formule du professeur Sato, et André Julliard, qui travaille en tandem avec Sente, sont des purs et durs de la BD. Cette multitude d’horizons, de passions et de techniques influence aujourd’hui l’univers de Blake et Mortimer, mettant les mythiques héros à l’abri de la sclérose ou du copié-collé sans pour autant trahir l’esprit graphique ni narratif de leur créateur.
Or donc, nanti d’un morceau de roche ramené du pôle et qui semble avoir sur lui d’étranges influences, Mortimer – « veuf » de son amour de jeunesse abattue, par ses soins, dans Le sarcophage du 6e continent – en fait faire l’analyse : stupeur, ses signes cabalistiques témoignent d’une civilisation antérieure à tout ce que l’on soupçonnait, et qui pourrait avoir laissé des traces dans la région du Lac Victoria… La suite est à lire, disons simplement qu’elle devrait époustoufler les plus blasés par le réalisme de son implantation et l’habileté de son intrigue, qui tient – sans jeu de mots - jusqu’à la dernière case ! Ensuite, il faudra attendre quelques trimestres avant que la veuve de Sterne, elle-même illustratrice, achève avec Van Hamme et sans malédiction les deux épisodes des Trente deniers… |