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Le centenaire de sa naissance est l’occasion de découvrir Simone de Beauvoir sous un autre jour. Si l’idole y perd un peu, la femme y gagne en humanité.

Difficile de les imaginer l’un sans l’autre : le couple Sartre-Beauvoir, elle grande et élégante en turban éternel, lui crapaud nicotiné à l’ascendant magnétique, tous deux incarnant face aux besogneux tout juste sortis des tickets de rationnement la supériorité innée des intellectuels, la liberté des idées alliée à la rigueur des principes, au mépris des conventions sociales. Dans Castor de guerre [Gallimard, 2008], un portrait monumental qui se lit comme un roman, l’écrivain Danièle Sallenave révèle pourtant les fissures de l’idéologie amoureuse et féministe, la femme ayant été victime de la théoricienne…
Le culte de la liberté
Née en 1908 dans une famille « à particule » entretenue par la dot de sa mère, dans la grande tradition bourgeoise du début du siècle, Simone de Beauvoir enfant a vécu de près les méfaits de la ruine, y compris la honte reportée sur l’épouse dont le père en faillite ne peut plus financer son gendre dilettante et ses petites-filles surdouées pour se faire pardonner de n’être pas des garçons – de quoi devenir férocement féministe, en effet… Brillante, elle mène à bien des études aussi bien en mathématiques qu’en grec ou en philosophie, et sera reçue deuxième à l’agrégation, en 1929. Devenue enseignante, elle décroche en outre un contrat à vie avec un jeune penseur anarchiste au comportement de potache, petit-neveu du sage Albert Schweizer : Jean-Paul Sartre. Leur compagnonnage, sinon leur amour, durera un demi-siècle. Alors que Sartre pose les bases de son système philosophique et Beauvoir celles de son indépendance libertaire, la guerre cueille en pleine insouciance le couple le moins conventionnel qui soit – ils feront scandale par leurs entorses multiples et ambiguës au « pacs » avant la lettre qu’ils ont imaginé – et déclenche, certes tardivement, une prise de conscience politique militante à tendance absolutiste. Dopés in extremis par l’expérience de l’amitié résistante avec Camus à Combat, puis par le succès public de L’existentialisme est un humanisme [Nagel, 1945], le couple Sartre-Beauvoir sera désormais aux avant-postes de la contestation, coupablement aveugle – comme d’autres intellectuels de gauche français d’ailleurs – aux excès du marxisme, courageux lorsqu’il s’agira de défendre l’indépendance de l’Indochine ou de l’Algérie. Et, pour Simone de Beauvoir, d’un intransigeance fructueuse dans les luttes du féminisme.
Le bouclier et le piédestal
Féminisme – la religion de Beauvoir. L’auteur du Deuxième sexe [Gallimard, 1949] fut et reste sur ce plan une icône, une référence, que l’évolution du mouvement n’a jamais remise en cause malgré certaines critiques. Romancière prolixe – ses Mandarins obtinrent le prix Goncourt en 1954 - au style élégamment factuel, légèrement égocentrique et d’une impressionnante culture, la figure de proue du féminisme n’a jamais ménagé son talent pour faire progresser la cause des femmes, ayant trop eu pour elle-même le goût – et la possibilité - de l’indépendance pour ne pas voir le cruel déficit de liberté de ses semblables. Cette image austère et triomphante a pourtant semblé fragile à Danièle Sallenave, qui a assumé en cette année de centenaire la tâche immense de mettre en regard les mémoires de Beauvoir, œuvre majeur du « milieu de la vie », et la banalité des faits. Son titre, Castor de guerre, fait allusion au sobriquet qu’un ami étudiant lui donna par analogie de son nom avec le mot anglais beaver, « castor », animal comme elle énergique et entreprenant. Et sa grande entreprise, découvre l’auteur – une quasi inconditionnelle, nullement fascinée par le déboulonnage d’idoles – fut de créer elle-même le mythe dans lequel elle enveloppa son couple, privé et public, « négligeant » certains détails pour en illuminer d’autres, forgeant le bouclier en même temps que le piédestal. Patiemment, Danièle Sallenave décrypte, compare, lit entre les lignes, et remplace la cuirasse sans aspérités voulue par Beauvoir par un kaléidoscope de contradictions [la féministe fut souvent l’ombre de Sartre] et de mérites [elle ne s’en plaignit jamais], de faiblesses [sa paradoxale indifférence au sort des femmes que Sartre et elle « partagèrent »] et de tendresses [la passion pour Nelson Algren, pour le jeune Lanzmann], qui a sur les mémoires volontaristes de son sujet l’avantage de chatoyer même dans l’ombre… Avec ténacité, sans gommage hagiographique ni acrimonieuse déception, Castor de guerre place d’entrée la barre très haut. Sa confrontation minutieuse, têtue et enthousiaste à la fois, entre la vie et l’œuvre brosse en effet un portrait si riche et si équilibré que les études à venir auront peine sans doute à apporter davantage ! |
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Ingrid Galster, Tallandier, Broché, 2007, 347 pages
Prix : CHF 39.40
Disponibilité: Ouvrage indisponible
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| 2) |
Hazel Rowley, Grasset & Fasquelle, Broché, 2006, 465 pages
Prix : CHF 38.90
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 3) |
Marianne Stjepanovic-Pauly, Editions du Jasmin, Broché, 2007, 189 pages
Prix : CHF 26.30
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 4) |
Bernadette Costa-Prades, Maren Sell Editeurs, Du côté des femmes, Broché, 2006, 138 pages
Prix : CHF 18.90
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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| 5) |
Michel Kail, Presses Universitaires de France - PUF, Philosophies, Poche, 2006, 152 pages
Prix : CHF 20.10
Disponibilité: Généralement expédié sous 3 jours à 4 semaines (selon disponibilité locale)
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