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Law, la cause de tout…


Joëlle Brack
14 novembre 2008

Dans Le grand jeu, le romancier bâlois Claude Cueni se fait le biographe de John Law, qui joua avec trois siècles d’avance la crise des subprimes !


© droits réservés

« Un scénario venu du fond des siècles, une théorie prophétique qui révèle aujourd’hui ses terribles ramifications, un chercheur sur les traces d’un aventurier qui a, en son temps, déclanché les passions, faisant naître l’or du papier » : voilà qui pourrait bien servir d’amorce au lancement d’un polar ésotérique dans le style de Dan Brown, Steve Berry ou Raymond Khoury… Erreur ! C’est dans le domaine du bon vieux roman historique que ces « ficelles » pourraient être exploitées, attirant l’attention sur Le grand jeu, une épopée vieille de trois siècles qui se trouve au cœur même de l’actualité : celle de la finance internationale et de ses deux instruments, la bourse et le papier-monnaie !

C’est en effet sur l’invention par John Law [1671-1729] de systèmes qui régissent aujourd’hui encore les échanges de valeurs, du croissant matinal aux réserves pétrolières virtuelles, que s’est penché le Bâlois Claude Cueni – car qui mieux qu’un écrivain suisse pouvait décrypter les méandres financiers d’une telle aventure ? Auteur prolifique, tant de romans policiers ou historiques que de pièces de théâtre ou de scripts pour le cinéma et la télévision,  Claude Cueni est, avouons-le, inconnus des Romands, et pour cause : ce Grand jeu est le premier de ses titres à être traduit, et encore ne le doit-il qu’au caractère très français du sujet. Ainsi sans doute qu’à sa brûlante actualité, que l’on peut attribuer, au choix, au parfait hasard ou à l’intuition d’un homme de communication qui dirigea même une société de production pour les médias durant une quinzaine d’années ! Intrigué par le génie autant que par la naïveté du petit joueur de dés écossais devenu Ministre des Finances du Régent, Claude Cueni a plongé au cœur d’une époque dont les basculements politiques et économiques autant que le goût forcené de l’individualisme et du paraître lui ont certainement rappelé la nôtre…

Né littéralement avec une petite cuillère d’argent dans la bouche, car son père était orfèvre et spéculateur, John Law a passé une jeunesse dorée, mais sa fortune s’écroule lorsqu’à 23 ans il doit s’enfuir d’Edimbourg après un duel mortel. Vadrouillant à travers l’Europe ainsi qu’il est d’usage pour les fils de famille de l’époque, ce surdoué en calcul mental et joueur dans l’âme se passionne pour l’économie, dont il tire des observations intéressantes – mais qui n’intéressent personne. Il hante pourtant tous les endroits où se consolident les bases de ce qui sera la Révolution industrielle et son pendant indissociable, la banque : Amsterdam, Venise, Paris – Genève… Mais les places financières protestantes n’ont que faire de lui, et les royaumes catholiques ne veulent pas en entendre parler ! Il a pourtant compris que les métaux précieux, dont la source aux colonies américaines commence d’ailleurs à tarir, ne sont plus un moyen assez souple et accessible pour soutenir les futurs développements de l’économie. Il faut alléger, remplacer les pièces sonnantes et trébuchantes par du papier, et cesser de garantir aux usagers des billets que la valeur inscrite [à la plume !] correspond effectivement à un bien foncier ou industriel convertible… Malgré son caractère hasardeux – car, faute de comparaisons possibles, mais aussi poussé par son admiration pour les joueurs professionnels, Law procède empiriquement – ou à cause même de celui-ci, le « système de Law » va pourtant séduire un autre génie audacieux et peu embarrassé de morale : le Régent, Philippe d’Orléans, héritier en attendant la majorité du Dauphin d’un royaume de France exsangue, ruiné par les guerres et les projets grandioses du vieux Roi Soleil.

En 1716, John Law crée la Banque Générale et se met à échanger l’or des épargnants en billets à ordre, dont le remboursement avec bénéfice est à l’origine assuré par des revenus matériels issus de l’agriculture et le l’industrie. Soulagé d’un fardeau, le régent nomme la banque « Royale », lui donnant le droit d’émettre monnaie et de percevoir des impôts, et John Law, anobli, sera finalement nommé Surintendant des Finances. Les spéculations pourtant s’emballent : avec la création de sa Compagnie Perpétuelle des Indes, qui offre effectivement un bel essor économique aux villes portuaires mais dont les possessions coloniales sont sujettes à caution, commence l’infernal ballet des prêts en nantissement d’autres prêts, et surtout l’émission excessive de papier-monnaie non couvert. Piégés, les gros actionnaires s’en sortiront, mais pour la plupart des petits investisseurs la banqueroute de Law, en juillet 1720, signifie le début d’une grave crise économique et financière dans toute l’Europe. Vraiment très prophétique, comme fin…Mais pour John Law il n’y eut pas de parachute doré : réfugié à Venise, sans ressources, il y mourra en 1729, oublié de tous alors que son système, malgré tout efficace durant quelques années, avait permis de remettre l’argent en circulation dans un « organisme » complètement immobilisé par l’endettement. C’était aussi l’idée des subprimes, d’ailleurs, et même celle du nouveau plan Paulson de renflouement du crédit à la consommation…    I  

Law et les Lumières
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Claude Cueni
Prix: CHF 38.20

Edgar Faure
Prix: CHF 31.50


LA MONNAIE

9782755701579.gif
François Rachline
Prix: CHF 31.10

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Tobias Hill
Prix: CHF 34.80